Bruxelles Le conseiller communal Ecolo Michaël François a décidé de réagir aux propos de Bertin Mampaka (cdH) sur Facebook. Selon M. François, ce dernier l'aurait traité de "pédé", une insulte à caractère homophobe. Une accusation que nie farouchement Bertin Mampaka. Tout au plus celui-ci reconnaît avoir qualifié son "adversaire" de "crétin" et "d'imbécile".

Qu'à cela ne tienne, Michaël François est allé porter plainte pour insulte homophobe, tandis que Mampaka répliquait par une plainte pour injure raciste et/ou xénophobe, après le tweet assassin de l'Ecolo, qui évoquait le comportement de "touriste" de l'élu cdH qui "fait rire (jaune?)". Le conflit entre les deux conseillers communaux devrait donc se régler devant les tribunaux.

Plutôt que de s'exprimer directement dans la presse, Michaël François a préféré réagir sur Facebook, via un long message où il s'exprime notamment sur l'homophobie latente qui gangrène toujours notre société. Un texte à lire ci-dessous.

Le jour où j'ai porté plainte pour insultes homophobes

"Voilà, c'est fait.

A 36 ans, je viens de déposer ma première plainte pour insulte homophobe, comme la Loi nous l'y autorise tous depuis 2007. Non pas une plainte contre X, ou contre un groupe de "jeunes". Non non, contre un collègue du Conseil communal de la ville de Bruxelles. Député Bruxellois de surcroît. Un élu du Peuple qui pense que son "PD !" restera sans suites. En 2014. A 36 ans, vous vous rendez compte? Et vous savez quoi? Ca fait mal.

On va me dire que "ce nest pas si grave", "il a dit cela sous le coup de la colère", "ça lui a échappé"... Très bien. Je n'ai personnellement rien contre ce Monsieur. J'avoue même m'être dit cela aussi hier soir. Peut-être ne devrait tu pas en faire tout un foin, Michael. Et c'est là que tout est devenu clair. Imaginer que je me censure consciemment, "parce qu'il n'y a pas mort d'homme" ou parce que "ça va me causer des ennuis", et bien cela m'a fait froid dans le dos. Notre société en est-elle arrivée là? Et bien, pour moi, il ne faut rien laisser passer. Le combat se mène tous les jours, sur son lieu de travail, au sein de sa famille ou dans son cercle d'amis. Car un "PD !" lancé comme cela, d'une manière insultante et dénigrante, est toujours synonyme d'une homophobie latente. Et cela m'interpelle d'autant plus qu'il s'agit ici d'un homme politique expérimenté.

Je ne vais pas m'attarder sur ce personnage. Je préfère profiter de son dérapage pour montrer comment le rejet de l'autre peut s'insinuer dans des commentaires ou des petites phrases de prime abord inoffensives. La peur de se faire traiter de "PD" si on prend son petit copain par la main en rue. La crainte de se faire tabasser en sortant d'un bar "d'anormaux". Sous prétexte que le cadre législatif criminalise l'homophobie, on s'est autorisé, nous tous, un petit relâchement. Car, finalement, en Belgique "on n'est pas si mal". Si on compare notre situation à celle des homosexuels ougandais, iraniens, serbes, en effet. Mais est-ce une excuse au renoncement? Excuser l'inexcusable car "y'a pire ailleurs"? NON. Car ils en profiteront, ces enfants de la "Manif pour Tous", pour dégueuler leurs arguments et faire rentrer dans la tête de certains leurs idées.

Je pense surtout aux jeunes filles et aux jeunes garçons qui se découvrent homosexuels. Certains d'entre eux préfèreront en finir avec la vie plutôt que d'affronter une société où ils ne se reconnaissent pas. Et cela se passe bien chez nous. En 2014. Préférer en finir que d'entendre du "sale gouine", "petit PD" dans la cour de récré ou dans les gradins d'un stade de foot. D'entendre que lorsque tu ne fais pas de sport, tu dois sans doute être "une tapette". De se faire foutre à la porte de chez soi parce que tes parents te rejettent et ont honte. Non, Monsieur Mampaka, vos propos ne sont pas anodins, ni ne doivent être excusés par une colère passagère. Ils peuvent faire autant de dégâts dans la tête de ces jeunes. Car vous, qui plus est, vous devriez être un exemple en tant qu'homme politique.

Et ne me dites pas que j'utilise cet incident pour ma carrière. Je ne suis pas un homme politique profesionnel, moi. Au contraire de vous. Mon travail, celui qui paie mon loyer, il se fait justement dans une association qui se bat contre le VIH/Sida et l'homophobie. Et quand je prends la parole devant des jeunes pour leur dire qu'il ne faut jamais rien passer car on a très vite fait de remettre en question ce que l'on croit acquis, je ne peux pas, Monsieur Mampaka, rester moi-même sans réagir. Non pas à des fins politiques - comme vous l'insinuerez certainement - mais pour éviter que demain, par exemple, sous le coup de la colère, un individu ne vous traître de sale nègre. Car la parole homophobe, comme xénophobe ou sexiste ou anti-sémite, a tendance à s'assumer. Se décomplexe. Et c'est à ce moment là que la vigilence de tous doit être de mise, en particulier des femmes et hommes politiques.

Je ne veux pas répondre aux journalistes. Je ne veux pas être un instrument. Je ne veux pas non plus rentrer dans votre shéma délirant, Monsieur Mampaka. Je veux juste que l'on sache que rien n'est jamais définitivement acquis. JAMAIS."