Bruxelles La péniche acquise pour 100.000€ va être revendue pour deux fois moins. Récit d’un projet ambitieux qui n’aura finalement pas lieu.

Les enfants de Molenbeek ne partent pas en classes vertes, de neige ou de mer, mais pourront bientôt profiter de classes fluviales, en embarquant à bord d’une péniche à la découverte du canal et de ses environs. Telle était l’ambition de la Maison des Cultures et de la Cohésion Sociale de Molenbeek lorsque la commune acquiert en 2012 une péniche au prix de 100.000€. Une transaction réalisée en vue de Molenbeek Métropole Culture 2014, un projet permettant à la commune de bénéficier de 500.000€ de subsides de la part de la Fédération Wallonie-Bruxelles et de la Cocof afin de dynamiser et mettre en valeur les politiques culturelles locales. Trois ans plus tard, le conseil communal de mercredi dernier a pourtant avalisé la revente du bateau à un particulier au prix de 56.000€, soit à peine la moitié de son prix d’achat.

Du côté de Molenbeek, l’échec du projet péniche ne laisse personne indifférent. L’opposition socialiste juge l’histoire "surréaliste". "Françoise Schepmans (NdlR : l’actuelle bourgmestre - MR) était échevine de la Culture à l’époque et elle tenait fort à cette péniche, et là, on la revend ? On est en droit de se poser des questions !" indique Jamal Ikazban, le chef de groupe au conseil communal. "J’ai été échevine de la Culture et j’assume mes responsabilités, mais la Maison des Cultures se trouvait sous la responsabilité directe de Philippe Moureaux (NdlR : l’ancien bourgmestre - PS )", a néanmoins nuancé la libérale.

Du côté du cabinet de l’échevin des Propriétés communales Karim Majoros (Ecolo), lequel s’est occupé de la mise en vente du bateau, on assure que les 56.000€ correspondent à la valeur du marché. "Des experts indépendants ont évalué le bien à 50.000€. Il fallait vendre car l’entretien de ce bateau inutilisé coûtait cher en frais d’entretien. Visiblement, la péniche a été achetée trop chère à l’époque", explique l’échevin. "Le coût du réaménagement a également été largement sous-évalué", affirme-t-il. Le prix si peu élevé de revente étonne Dirk De Blick, le directeur de la Maison, qui était chargé de l’achat de la péniche. "Je trouve étonnant que le prix soit si bas, c’est vrai", admet-il.

Mais chez Dirk De Blick, c’est surtout le sentiment de tristesse qui prédomine. "Le projet de classes fluviales était magnifique et ambitieux. On nous avait promis plein de subsides régionaux et communautaires pour son réaménagement et on ne les a jamais reçus. À l’époque, on n’était également pas encore sous tutelle financière. Je remarque néanmoins que ces promesses de subsides ont disparu après les élections 2012 (NdlR : qui ont vu l’éviction du bourgmestre socialiste). Seule Fadila Laanan (NdlR : chargée de la Culture au sein de la Cocof - PS) a continué à nous soutenir", affirme Dirk De Blick.