Avec 1 417 cas pour 100 000 habitants, Molenbeek reste indéniablement l'une des communes les plus touchées du pays par le coronavirus. La commune occupe la troisième place, juste derrière Anvers et Bruxelles. La situation inquiète les autorités mais qu'en pensent les citoyens ? Chez les jeunes rencontrés dans les rues de la commune ce mercredi, la réponse est unanime : "Ça ne me fait pas peur. Pour moi, il n'y a rien qui change."

Alors qu'il ramène ses petits frères de l'école, Jamal, 18 ans, explique : "Je ne suis pas étonné par ces chiffres car on est trop serré. Les rues sont trop petites donc la distanciation sociale n'est pas respectée." Pour Soukaina, 20 ans et Safae, 17 ans, "les mesures sont contradictoires. Je ne vois pas pourquoi les cafés doivent fermer mais pas les restaurants ou les transports en commun". Les jeunes femmes avouent que "personne n'est touché dans notre entourage donc ça ne change rien à notre vie. C'est vrai que les jeunes, on s'en fout un peu".

Mais les jeunes ne sont pas les seuls à ne pas suivre l'évolution de la pandémie. Sarah, pensionnée, a elle aussi cessé de s'informer. "J'arrête d'écouter les informations car ça ne sert qu'à nous stresser. Au début de la crise, on nous donnait chaque jour le nombre de morts sans préciser que la majorité était dans les homes et était donc déjà en fin de vie."

Le stress, Salwa ne le sent pas. "Je ne vois pas vraiment la différence, je ne me sens pas moins en sécurité quand je suis à Molenbeek qu'ailleurs, explique la Bruxelloise qui travaille dans une école de la commune. Au contraire, j'ai l'impression que les gens portent plus le masque qu'au début, les jeunes sont plus rodés."

A la sortie du métro Comte de Flandre pourtant, le premier réflexe de nombreux usagers de la Stib est de retirer le masque, sans veiller au respect de la distanciation sociale. "On est beaucoup sur le terrain et les gens ne respectent pas les règles, c'est quand même assez dur, confie Philippe qui habite en Wallonie mais travaille à Molenbeek. Il n'y a qu'à voir le marché le jeudi ou les transports en commun, c'est catastrophique. Moi je suis les règles mais j'ai une famille donc j'ai un peu peur quand même. Le matin, j'arrive beaucoup plus tôt au travail pour être sûr d'avoir un métro qui ne soit pas bondé."

Satti estime elle aussi que la population ne se protège pas suffisamment. "Il faut le dire, notre communauté ne fait pas attention ! Quand il y a un décès, les familles continuent à organiser des condoléances où les gens se retrouvent en nombre dans de petites salles. Pareil pour les fiançailles. Moi, j'ai déjà refusé d'y aller pour cette raison. Et puis, les gens savent qu'il faut mettre le masque mais ils ne sont pas suffisamment informés sur la façon de l'entretenir : ils ne le lavent pas assez régulièrement, ne le repassent pas, etc. Je crois que la commune doit maintenir des mesures strictes parce que si les gens le pouvaient, ils feraient n'importe quoi."