A quelques pas de la station de métro Ribaucourt, l’agitation qui règne dans les salles du Centre communautaire maritime tranche avec le calme de la rue. Les températures sont négatives : hormis une jeune bruxelloise fumant sa cigarette et un livreur de pizzas, personne ne s’attarde dehors. Dans une salle du fond aménagée en cuisine, une dizaine de personnes discutent en se préparant café et sandwiches. L’odeur qui émane des casseroles réchauffe immédiatement les narines tandis que des rires, "Ca va, tu vas bien ?" et autres cris d’enfants résonnent dans la pièce.

Jeunes du quartier et mamans engagées, ces Bruxellois et Bruxelloises se réunissent depuis le premier confinement pour aider les personnes fragilisées par la crise sanitaire. Tarek, le président de l’association Espoir Molenbeek, a été l’un des premiers à se mobiliser. "Les terrains de foot ont rapidement fermé à cause du Covid donc je me suis dit qu’on allait utiliser nos ressources pour préparer et distribuer des colis alimentaires. Rapidement, on a eu des demandes de livraison à Molenbeek, Anderlecht, Koekelberg, Jette, Strombeek. Ces communes comptent beaucoup de quartiers défavorisés et de sans-papiers donc la demande est énorme."

Plusieurs collectifs, dont ASBL Confinement et Chicago Back mais aussi les équipes Anissa cuisine Bruxelles et Anvers, donnent ainsi de leur temps et de leur argent pour les plus démunis. "On peut aller jusqu’à 300 colis par jour. On distribue des repas chauds du lundi au vendredi. C’est souvent le seul repas de leur journée donc on essaie qu’il soit le plus complet possible, en fonction de ce qu’on reçoit de la banque alimentaire et des dons des citoyens, explique Maryam, une mère engagée. Le soir, les hommes assurent les maraudes. Et le week-end, on se relaie pour collecter des vêtements et couvertures."

© Tv Molenbeek

Un travail titanesque qu’ils et elles accomplissent depuis bientôt un an. Une année durant laquelle ces Bruxellois ont vu les conditions de vie d’une partie de la population se détériorer. "Il y a une vieille dame qui avait besoin d’aide à Malines. On a aussi été jusqu’à Liège et Dunkerque. Si on peut faire quelque chose, comment voulez-vous qu’on refuse, interroge l’un des jeunes Molenbeekois, très actif dans le projet associatif. On a vu des SDF dans des situations dans lesquelles on ne laisserait même pas son chien. Il y a une semaine, le long du canal, on a trouvé des gens en hypothermie, ils n’arrivaient même plus à sortir de leur sac de couchage. Si des citoyens comme nous ne les avions pas amenés dans un squat un peu au chaud, ils seraient peut-être morts ou aux soins intensifs."

Si aujourd’hui, ces Molenbeekois entendent pérenniser ces aides, au départ, ils ne pensaient pas poursuivre leurs actions aussi longtemps. "Comme tout le monde, on pensait que ça ne durerait que quelques mois. On s’en sort au jour le jour avec les dons des citoyens. Ce qu’on remarque, c’est surtout le manque d’aides gouvernementales. Certains politiques sont venus voir ce qu’on fait, ont pris un selfie et sont repartis comme s’ils étaient à l’origine du projet, sans nous apporter aucun soutien."

Pour visibiliser leurs actions, certains jeunes ont lancé en janvier "Tv Molenbeek peuple" sur Facebook et Snapchat. Ils filment en direct leurs maraudes, relayent les besoins en nourriture et kits de survie, interagissent directement avec les citoyens. "Personne ne s’intéresse à ce que les jeunes des quartiers font de bien. Tout le monde est toujours là pour filmer la casse mais jamais le reste. Ce projet, ça les encourage à faire plus de positif parce qu’ils ne sont plus dehors, à tenir les murs, estime Maryam. Ils ont l’habitude d’être en rue. Ne plus pouvoir y être du jour au lendemain, c’était compliqué pour eux. Donc les colis, c’est une belle manière d’y rester."

Anissa, la cheffe cuistot qui fait tous les jours l’aller-retour depuis Tubize malgré sa sclérose en plaques, confirme l'impact positif du projet pour les jeunes. "Le temps que j’arrive, certains jeunes sont déjà là pour préparer les oignons ! En les voyant, on peut penser que ce sont des voyous mais en réalité, ils sont hyper polis et font tout ce qu’on leur demande, ils ont vraiment un cœur d’artichaut."