"Elle avait le don d'apaiser les conflits, de réconcilier les gens. Loubna Lafquiri, par son sourire solaire et lumineux, nous laisse en héritage un cadeau précieux : celui de toujours veiller à défendre les valeurs de tolérance et d'ouverture aux autres et au monde."

Ce lundi matin, la commune de Molenbeek a rendu hommage à la mère de famille emportée à 34 ans par l'attentat à la station Maelbeek le 22 mars 2016. Des membres du conseil communal, de la police locale, quelques riverains et la famille de la victime se sont réunis autour de la stèle inaugurée en mars 2018 en l'honneur de la jeune Molenbeekoise. Endommagée lors d'un chantier sur le boulevard Machtens en septembre 2019, la stèle a été remplacée à l'identique. Elle a été garnie de gerbes de fleurs, déposées par la bourgmestre, le chef de corps de la zone de police Bruxelles-Ouest et le mari de la victime, Mohamed El Bachiri.

© Cameriere

Les citoyens présents ont respecté une minute de silence pour que la famille de Loubna Lafquiri puisse se recueillir devant la stèle. "Je n'ai pas oublié, je n'oublierai jamais ce jour terrible. Mais c'est un très beau geste de la commune d'avoir organisé cette cérémonie, confie sa maman, les yeux encore rouges d'avoir pleuré. C'est dur pour mes petits-enfants, d'autant que chez nous, la mère est le ciment de la famille. Le plus petit n'avait que deux ans le jour du drame, il ne connaît donc sa mère que sur des photos. Ce sont surtout les grands qui se souviennent. Heureusement, ils sont bien entourés."

© Cameriere

Dans son discours, la bourgmestre Catherine Moureaux (PS) a longuement salué la jeunesse molenbeekoise. "L'épreuve du 22 mars 2016 nous a tous meurtris, mais elle doit nous rendre plus forts. Et je voudrais, à cet égard, dire ma confiance dans la génération qui vient, en particulier dans les jeunes citoyens de notre commune. Ces jeunes Molenbeekois qui font preuve en ce moment-même d'une merveilleuse solidarité en se mobilisant comme jamais depuis le début de la crise sanitaire que nous traversons. Je salue cette jeunesse qui continue souvent, bien malgré eux, de porter les stigmates des événements qui se sont passés il y a cinq ans et dont notre commune à eu à pâtir comme aucune autre."

La cérémonie s'est ensuite poursuivie dans le parc Marie-José, où des enfants des écoles communales 13 et 14 ont chanté et participé à une minute de bruit en l'honneur des victimes de violences commises à travers le monde. Un ancien élève de Loubna Lafquiri tenait également à être présent. "Ca fait toujours mal de se réveiller le 22 mars. C'était une femme joyeuse et très gentille, explique Oussama en déposant un bouquet de fleurs devant la stèle. Cinq ans plus tard, je pense qu'il faut arrêter de stigmatiser la jeunesse molenbeekoise. Elle a été parmi les première à se mobiliser pendant la crise et ne mérite pas ces préjugés."

© Cameriere

Mohamed El Bachiri était lui aussi très ému, des lunettes de soleil à portée de main pour cacher ses larmes. "On est submergés par la tristesse parce que ça nous replonge dans ce jour maudit. Au départ, on se sent très seul et puis on s'accommode. Au niveau de la reconnaissance, on aurait aimé que les choses se passent plus vite. Avec trois enfants, ça n'a pas été facile. J'ai l'impression que leurs écoles n'ont pas assez pris en compte le fait qu'ils ont perdu leur mère dans un attentat. Ce n'est pas évident mais on essaie de se relever."

L'époux de Loubna Lafquiri tenait aussi à faire passer un message positif en ce jour de commémoration. "C'est très douloureux mais, en même temps, c'est très beau et ça donne de l'espoir, je pense que c'est l'essentiel. Je crois beaucoup en la jeunesse, nous devons lui transmettre les valeurs importantes que sont l'amour, le partage et le respect d'autrui, peu importe ses croyances, son ethnie ou sa nationalité. La diversité est belle, il faut la valoriser."