Profondément endettée, la plus célèbre commune du pays reste livrée à elle-même malgré les projecteurs médiatiques.

Au soir du mercredi 18 novembre 2015, entre 2.000 et 2.500 personnes étaient réunies en silence et avec des bougies sur la place Communale de Molenbeek en mémoire aux victimes des attentats de Paris du 13 novembre précédent. Un rassemblement inédit en son genre et qui illustrait à quel point les attentats avaient profondément marqué les 100.000 habitants de la commune. "Depuis lors, la vie a repris son cours, mais une certaine joie de vivre, une sorte de naïveté est partie", expliquent aujourd’hui de nombreux Molenbeekois.

Lors de cette froide soirée de novembre, deux personnalités politiques brillent par leur absence : le ministre-Président bruxellois Rudi Vervoort (PS) et le Premier ministre Charles Michel (MR).

Tout un symbole, comme le découvriront, avec amertume, les 12 mois suivants, les autorités locales. Malgré les projecteurs médiatiques maintenus en permanence sur Molenbeek et quelques déclarations fracassantes, principalement du ministre de l’Intérieur Jan Jambon (NVA), la Région bruxelloise et le fédéral n’ont jamais donné, jusqu’à présent, à la deuxième commune la plus pauvre de Belgique, les moyens humains et financiers d’affronter ses problèmes. "Du fédéral, on a reçu 150.000€ il y a un an. Ce la permet d’engager un sociologue et un psychologue pour un an. De la Région, on bénéficiera comme tout le monde d’une partie des subsides de la politique de prévention. On est livré à nous-mêmes", indique l’échevine de la Prévention Sarah Turine (Ecolo).

Lourdement endettée, Molenbeek est contrainte de faire des économies. Des coupes budgétaires qui concernent l’enseignement, la mission locale de l’emploi, l’ASBL Lutte contre l’exclusion sociale (LES), ou encore le CPAS. Pour 2018, la Région demande déjà un nouvel effort de l’ordre de 2,7 millions d’euros. Exsangue, l’entité travaille avec des bouts de ficelle pour lutter contre la radicalisation. Sa cellule antiradicalisme se compose ainsi de quatre personnes.

Enseignement

En raison de la précarité croissante de la population, les 15 écoles primaires francophones se sont vues obligées, cette année, d’adapter leurs méthodes pédagogiques. "Les écoles du haut de la commune qui avaient une population homogène et qui n’était pas d’origine étrangère doivent s’adapter à un changement", explique la cheffe de la cellule pédagogique de la commune. Depuis peu, neuf écoles primaires francophones sont en discrimination positive.

Économie

En comparaison avec 2010, le nombre d’entreprises créées à Molenbeek a bondi en 2016 de… 94 % ! Au total, ce sont 474 indépendants qui ont ouvert leur activité. Un dynamisme qui s’explique en partie à cause du phénomène de discrimination à l’embauche. De manière générale, la situation économique reste difficile. Du côté de la chaussée de Gand, principale artère commerciale, le chiffre d’affaires de nombreux commerçants n’a pas retrouvé son niveau d’avant 13 novembre.

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Depuis les attentats, Molenbeek est devenue une marque, un symbole. Une situation dont se seraient bien passés ses habitants, et qui rend plus difficile l’attrait de nouveaux clients pour les commerces et d’habitants issus de la classe moyenne qui hésitent à acheter sur place.

Mixité sociale

Un des nombreux défis à résoudre à Molenbeek est sans conteste celui de la mixité sociale dans le bas de la commune. La très grande majorité des 50.000 habitants de ce périmètre d’à peine 2,5 km2, est d’origine étrangère. "Il y a 10 ou 15 ans, cela n’était pas le cas, il y avait une vraie mixité. Cela manque aujourd’hui !", soulignent différents éducateurs de rue.


Un très grand dynamisme artistique

Ouvert il y a près de six mois le long du canal, le Mima, un musée unique en Europe et dédié aux différentes formes d’art urbain, symbolise un des aspects les moins connus de la commune : l’incroyable vitalité artistique et culturelle qui règne sur son territoire. Les anciennes fabriques du 19e siècle, qui se trouvent dans le bas de Molenbeek et ont fait les beaux jours du passé industriel belge, sont aujourd’hui autant d’immenses espaces d’entraînement bon marché très prisés par les compagnies artistiques. La commune s’impose ainsi, depuis quelques années, comme l’un des centres de création de danse contemporaine les plus actifs d’Europe. Un défi reste néanmoins d’y impliquer davantage les habitants. De son côté, l’important réseau associatif molenbeekois joue également un rôle très important auprès de la population.