Alors qu’un récent livre sur Molenbeek de l’échevine Annalisa Gadaleta (Ecolo-Groen) fait polémique, trois experts prennent position.

"Aujourd’hui, Alain Destexhe et Eric Zemmour peuvent même attaquer en justice la section Ecolo-Groen de Molenbeek et son écrivaine de caniveau pour plagiat et utilisation abusive des clichés racistes et islamophobes". Les propos sont du chef de groupe socialiste Jamal Ikazban et concernent l’échevine Annalisa Gadaleta (Ecolo-Groen) et son livre Entretien à Molenbeek. Un ouvrage paru récemment dans lequel l’édile désirait briser certains tabous de la gauche, mais qui la met aujourd’hui en difficulté. Sur les réseaux sociaux, nombreux sont ceux à réclamer la démission de l’échevine, tandis que sa cheffe de file Sarah Turine (Ecolo) lui demande, depuis hier, de s’excuser publiquement. Alors que la polémique enfle depuis une semaine, la DH a demandé l’avis de trois experts afin d’objectiver le débat.

Aussi bien Patrick Charlier, président d’Unia (l’ex-Centre interfédéral pour l’égalité des chances), Hassan Bousetta, spécialiste du monde arabe et des migrations de l’ULG, que l’islamologue Michaël Privot s’accordent pour dire que le livre ne peut pas être considéré comme raciste d’un point de vue légal. "Ce qui pose problème dans ce livre, ce sont des généralisations qui sont mal placées. On n’a pas l’impression d’avoir à faire à une raciste", explique Hassan Bousetta, jugeant même violents les propos tenus sur Facebook par Jamal Ikazban.

Si Patrick Charlier confirme que les propos tenus ne tombent pas sous le coup de la loi antiracisme, l’homme n’est pas tendre pour autant avec l’édile écologiste, évoquant des propos de comptoir. "Il y a différents passages, notamment sur le patriarcat (NDLR : "Il y a un patriarcat typique (à Molenbeek) des sociétés rurales, mais transposé dans une métropole"), qui sont légitimes, mais ce qu’elle dit est très léger ! C’est comme lorsqu’elle parle des mariages mixtes au sein de la communauté d’origine maghrébine (NDLR : "Des couples mixtes ? Presque jamais"). Il y en a plus que dans d’autres communautés", explique Patrick Charlier.

Toujours selon le directeur d’Unia, l’analyse d’Annalisa Gadaleta n’est également pas très fine quand elle aborde le sujet du repli identitaire dans la commune. "Depuis un an, à la suite des attentats, il y a un repli dans certaines communautés, c’est vrai, mais l’auteure du livre n’évoque pas le repli qui s’opère actuellement dans le groupe majoritaire ! Il y a aussi des études récentes, comme celle de la chercheuse Corinne Torrekens, qui montrent qu’il y a globalement une sécularisation dans la pratique de l’Islam", constate-t-il.

Alors que Annalisa Gadaleta se prononce pour une émancipation des habitantes d’origine maghrébine, une de ses phrases a été considérée comme blessante et heurtante pour un certain nombre d’internautes : "Le rôle culturel dans la communauté musulmane est presque nul, comme en Italie et dans les autres pays d’Europe du Sud". Pour Patrick Charlier, il s’agit d’un raccourci qui ne veut rien dire.

Pour Michaël Privot, le problème est que l’échevine Mme Gadaleta n’est pas toujours fine dans ses analyses ou généralise un peu trop vite. "Cela fait perdre de la pertinence aux éléments qu’elle relève à juste titre, comme la culture rurale et clanique, typique du nord du Maroc", relève l’islamologue, concluant néanmoins que "les points qu’elle soulève sont des vraies questions".


Groen soutient son échevine

Le livre Entretien à Molenbeek crée actuellement de grosses tensions au sein du groupe Ecolo-Groen. Les écologistes francophones critiquent durement les propos tenus par l’échevine Annalisa Gadaleta, parlant de contre-vérités et d’amalgames, tandis que leurs vis-à-vis néerlandophones s’étonnent de l’ampleur que prend la polémique.

Depuis lundi, l’échevine en charge du Dialogue interculturel Sarah Turine (Ecolo) demande ainsi à l’échevine Groen de s’excuser auprès de la communauté musulmane et maghrébine. "C’est à Groen à décider ce qu’il s’agit de faire. C’est une échevine qui a fait du très bon travail jusqu’ici", explique-t-elle.

Du côté de Groen, on soutient en tout cas sans réserve Annalisa Gadaleta. "C’est une très bonne échevine. On continue à la soutenir", indique le chef de groupe au Parlement bruxellois Bruno de Lille. De son côté, la bourgmestre Françoise Schepmans (MR) s’étonne aussi de l’ampleur prise par la polémique et parle d’une "très bonne échevine".