Entre sous-financement chronique et certain travailleurs refusant les réformes en cours, la situation est sensible à Molenbeek.

"Depuis le mois d’octobre 2016, la maison communautaire Pierron-Rive Gauche est régulièrement victime de vols et d’actes de vandalisme. Ces actes sont inexplicables et injustifiables, indépendamment des motivations de leurs auteurs. Ces actes sont graves et mettent en danger le projet même de la maison communautaire" , est-il possible de lire sur une affiche placardée, depuis quelques jours, à l’entrée du parc où se trouve cette maison communautaire située au cœur du quartier Heyvaert, à Molenbeek. Depuis la mi-février, la plupart des activités, dont la plaine de vacances Carnaval, ont été annulées dans cette maison de quartier située dans une des parties les plus précarisées de l’entité. Au-delà des tensions actuelles dans le secteur Pierron-Rive Gauche, loin d’être nouvelles en raison de l’extrême densification du quartier, c’est la Les, l’ASBL communale jouant un rôle clé en matière d’aide aux jeunes de Molenbeek, qui traverse quelques perturbations.

Avec ses maisons de quartier, sa maison des Femmes et quelque 130 travailleurs sociaux, l’ASBL assure à la fois un travail de première et de seconde ligne. Citons notamment la lutte contre le décrochage scolaire et social, la prévention contre les violences, l’accompagnement des primo-arrivants ou encore l’amélioration de la cohésion sociale. Autant dire que les difficultés rencontrées sur le terrain, et le malaise ressenti par un certain nombre de travailleurs sociaux de l’ASBL sont loin des problèmes négligeables.

Les différentes réformes menées actuellement par l’échevine de la Cohésion sociale Sarah Turine (Ecolo) ne passent pas au sein d’une partie des travailleurs sociaux de rue. En cause : un manque de clarté et de pédagogie dans le chef de la direction. La transformation des maisons de quartier Maritime (près de Ribaucourt) et Pierron-Rive Gauche, jusqu’ici occupés par les seuls jeunes du quartier, afin d’en faire des maisons communautaires destinées à accueillir des publics plus variés et issus de toutes les générations, passe mal auprès d’un certain nombre de jeunes.

La nouvelle répartition des forces vives de la Les a également généré des tensions au sein du personnel. Fin janvier, ce sont les syndicats qui sont sortis du bois, critiquant durement l’éventuel projet de fermeture du centre situé à Dubrucq (près de Belgica). "Les travailleurs ne sont pas des pions qu’on peut déplacer à droite et à gauche comme on veut et quand on veut. C’est un total amateurisme et un manque de respect et de reconnaissance du travail accompli par l’équipe dans le quartier. !", se sont insurgés les syndicats en front commun. D’autres intervenants s’étonnent cependant d’une telle sortie, et font remarquer que les élections communales de 2018 ne sont plus si loin. "C’est normal qu’un projet de réforme passe mal quand il faut changer des choses. Les syndicats, mais aussi la presse sont instrumentalisés", nous dit-on au sein de l’institution.

Si tout le monde au sein de la Les s’accorde à dire que les réformes lancées par l’échevine Ecolo faisaient bien sur papier, la mise en œuvre ne convainc donc pas entièrement en interne. "On fait parfois plus d’occupationnel que sous Moureaux (NDLR : l’ancien bourgmestre en place jusqu’en 2012)", indiquent plusieurs travailleurs. Un comble puisque le projet vise justement l’objectif inverse. Selon d’autres, cela serait justement la volonté de changement avec certains recrutements effectués sous l’ère Moureaux qui dérangerait.

Reste que les difficultés rencontrées au sein de la Les remontent déjà à la législature précédente et que la réforme de Sarah Turine ne fait peut-être que les cristalliser. De manière générale, l’immense ASBL molenbeekoise souffre d’un sous-financement chronique. Au lendemain des attentats du 13 novembre, l’échevine avait lancé un cri d’alarme auprès de la Région et du Fédéral en ce sens. En vain, le service Jeunesse n’ayant jamais refait l’objet d’un refinancement depuis lors.

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