Plusieurs policiers blessés, des coups de feu tirés, de nombreux dégâts. Les images impressionnantes de scènes de guérilla urbaine, le tout en plein lockdown, avaient choqué la Belgique. C’était en avril dernier, alors que toute la Belgique était confinée : des centaines de jeunes s’étaient réunis à Anderlecht pour exprimer leur colère suite à la mort d’Adil, ce jeune homme de 19 ans, décédé après une course-poursuite avec la police le soir du 10 avril dernier, dans les rues d’Anderlecht. Adil circulait sur un scooter. Il a pris la fuite avant de percuter une voiture de police qui arrivait en sens inverse lorsqu’il a tenté de dépasser une camionette.

Dans les heures qui ont suivi le drame, plusieurs versions ont circulé sur les circonstances de l’accident; qui a suscité un vif émoi. Un juge d’instruction a alors été saisi afin d’éclaircir les faits.

La justice a tranché : non-lieu

La DH apprend aujourd’hui, mercredi 25 novembre, que les policiers mis en cause dans certaines déclarations ne seront finalement pas poursuivis. La justice a mené l’enquête et celle-ci se conclut par un non-lieu pour les policiers défendus par l'avocat Sven Mary.

La famille d’Adil a été avertie de cette décision judiciaire qui met ainsi fin à toutes spéculations sur les circonstances de l’accident.

Plus en détail, le parquet du procureur du Roi de Bruxelles a communiqué les éléments suivants, qui ressortent de l'enquête :

"Le 10 avril 2020, vers 21h00, les services de police ont leur attention attirée par deux cyclomoteurs qui circulent à vive allure dans plusieurs rues d’Anderlecht. Alors qu’ils essayent de procéder à leur contrôle, un des cyclomoteurs, accélère et prend la fuite. Une course poursuite est engagée. Arrivés sur la place Docteur De Meersman, le cyclomoteur monte sur la place. La configuration de la place ne permettant pas aux services de police de suivre le cyclomoteur sa position est transmise à d’autres équipes venues en renfort. Un véhicule de police arrive alors en face du cyclomoteur sur le Quai de l’industrie. A ce moment-là, le cyclomoteur suit une camionnette. Au moment où la camionnette croise le véhicule de police, le cyclomoteur déboite de derrière la camionnette et percute de plein fouet l'avant gauche du véhicule de police."

L'expertise automobile à laquelle il a été procédé permet, toujours selon l'enquête, de conclure que :

- L’accident s'est produit sur la demi-largeur de chaussée réservée aux usagers se dirigeant vers la rue Jules Ruhl; soit la bande de circulation sur laquelle le véhicule de police circulait.

- Le véhicule de police, scrutant les environs à la recherche du cyclomoteur circulait à faible vitesse et était animé d’une vitesse résiduelle lors de l’impact comprise entre 17km/h et 25km/h.

- Le cyclomoteur était quant à lui animé d’une vitesse résiduelle lors de l’impact comprise entre 57,6km/h et 70,4km/h. Cette vitesse était supérieure à la vitesse autorisée, inadéquate par rapport à la capacité de freinage d’un cyclomoteur débridé et inadaptée à la configuration des lieux.

- Ce même expert automobile précise que la victime ne portait pas correctement son casque de protection. Ce constat n’étant, selon l’expert automobile, pas sans influence sur les conséquences dramatiques de cet accident.

Aucune concertation entre les policiers, selon les enregistrements de communications

L’exploitation des enregistrements des communications radio entre les différents patrouilleurs et le dispatching confirme par ailleurs que "les policiers intervenants ont immédiatement appelé les services de secours. Cet élément ressort également des auditions des témoins. Ces enregistrements audio ne révèlent, par ailleurs aucun élément relatif à une éventuelle concertation entre les policiers."

Suite à l’ensemble des éléments recueillis, le juge d’instruction n’a donc estimé devoir inculper personne dans le cadre de ce dossier ce qui revient à dire qu’"aucun indice sérieux de l’existence d’une infraction pénale n’a été retenu".

Le dossier de la procédure a été renvoyé au parquet de Bruxelles qui a tracé un réquisitoire de non-lieu pour absence de charges suffisantes à l’encontre des protagonistes du dossier et notamment du conducteur du véhicule de police.

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