Bruxelles Mourad Benchellali a été embrigadé par Al-Qaïda en 2001. Un récit narré aux services de prévention bruxellois ce jeudi.

Après avoir connu l’Afghanistan et la prison de Guantanamo, Mourad Benchellali a choisi de s’opposer à la radicalisation violente en racontant sa propre histoire. Ce jeudi, une centaine de personnes, dont des membres des services de prévention, des directeurs d’écoles et de prisons, des éducateurs de rue ou des psychologues, étaient présents à la maison des Citoyens de Schaerbeek pour écouter son témoignage poignant. Une initiative du Forum belge pour la prévention et la sécurité urbaine, en partenariat avec des communes bruxelloises et la Fondation Roi Baudouin.

Le calvaire de Mourad commence en juillet 2001, lorsque ce jeune d’alors 19 ans s’envole pour l’Afghanistan sur recommandation de son grand frère. "Il avait arrêté l’école et revenait de ce pays. Il m’a convaincu de me rendre là-bas. C’était l’occasion, pour la toute première fois, de quitter mon village en banlieue lyonnaise pour partir à l’aventure", explique Mourad.

Mais son périple a vite pris une tournure inattendue. "On m’a fait transiter par la ville de Kandahar, au Pakistan, où je me suis retrouvé dans un camp d’entraînement tenu par Al-Qaïda en plein désert, ce qui n’était pas prévu. Les conditions de vie étaient pénibles. Je dormais très peu, avec des entraînements éprouvants physiquement", explique Mourad. Il est resté dans ce camp pendant 60 jours, lors desquels il a appris les rudiments de la guerre, comme manier une Kalachnikov ou faire exploser une charge de TNT.

Un jour, un "imam influent" s’est rendu dans le camp. "Tout le monde était très content. C’était visiblement quelqu’un d’important, mais je ne le connaissais pas. Il a commencé à nous inciter à faire des attentats suicides, en prétextant que c’était la meilleure action que l’on puisse faire sur Terre, et à tuer tous les Américains qu’on voyait", se remémore Mourad. Il s’agissait en fait d’Oussama Ben Laden. Suite à ce discours radical, Mourad a compris qu’il avait été manipulé. Quelques jours après, les tours jumelles s’effondraient.

Lors des bombardements qui ont suivi le 11 septembre 2001, Mourad est parvenu à se défaire des griffes d’Al-Qaïda. Mais après une nouvelle série de mésaventures, il a été livré aux Américains et s’est retrouvé au pénitencier de Guantanamo pendant deux ans et demi, où les interrogatoires musclés se sont succédé.

"J’étais soupçonné de vouloir perpétrer un attentat. Le FBI pensait que je faisais partie d’Al-Qaïda", ajoute Mourad. De l’autre côté de l’Atlantique, la mobilisation s’est organisée pour soutenir le Français d’origine algérienne. Après son incarcération, Mourad a été rapatrié en France. "Je m’attendais à revoir ma famille et mes amis, leur raconter mon périple. Mais une fois sur le tarmac, mon seul comité d’accueil était composé des forces de l’ordre."

Le jeune homme a alors été transféré dans la prison de haute sécurité de Fleury-Merogis, le plus grand pénitencier d’Europe, là où est actuellement détenu Salah Abdeslam. Il y est resté 18 mois, sans jamais adhérer à l’Islam radical, avant d’être finalement libéré.

L’histoire de Mourad est racontée dans son livre Voyage vers l’enfer. Mourad souhaite aujourd’hui que son histoire serve à dissuader les jeunes qui sont tentés de partir. Il a d’ailleurs déjà témoigné dans plusieurs écoles bruxelloises.