"On dit non au tram". De la place Peter Benoît jusqu'au bas de la rue de Heembeek, environ 200 Heembeekois ont manifesté contre le tram samedi après-midi. Pour rappel : la Stib et la Ville de Bruxelles prévoient d'installer une nouvelle ligne de tram, la ligne 10, de Rogier jusqu'à Hôpital militaire en passant par la rue de Heembeek et la rue commerçante François Vekemans d'ici 2024. Les futurs riverains de cette ligne de tram se sont rassemblés en collectif pour s'opposer au projet. Marc est membre du collectif et habitant sur le tracé du tram. "Ils veulent faire passer le tram dans cette rue, c'est insensé, dit-il en montrant la rue de Heembeek dans laquelle les manifestants défilent. Le tram est trop gros, trop lourd pour nos petites rues. Quand un poids lourd passe ici, les maisons vibrent déjà. Un tram fait 50 tonnes vide et 43 mètres de long. Nous sommes pour des bus hybrides ou électriques, ça serait parfait. Ils sont polyvalents.

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"Les gens ont peur pour leur maison, poursuit Marc. Les maisons ont 100 ans ici. La mienne date de 1927. Elle est aux normes mais je ne sais pas comment elle va réagir. Qui va nous payer s'il y a des dégâts ? Le fond de Neder-Over-Heembeek est marécageux. Les égouts sont collés avec du ciment. Les gens ont peur des fuites. Dès qu'il pleut nos caves sont déjà inondées, cela va être pire avec les travaux. Le chantier va sans doute durer plus longtemps que prévu. Les délais ne sont jamais respectés". 

Ce qui effraie les riverains c'est également la proximité du tram avec les autres usagers de la route. "Des gosses jouent dans la rue, descendent à vélo très vite, explique Marc. Les gens ont peur. Certains habitants appellent ce tram le boa tueur. Il faut plusieurs mètres à un tram pour pouvoir freiner. On a bien vu au Docks avec la trottinette qui a été fauchée".

L'autre inquiétude des Heembeekois est le manque des places de parking que le tram va entraîner. "Ils vont supprimer 300 places de stationnement dans un quartier où c'est déjà tendu, rappelle Marc. Les gens rentrent de travail à 19-20 heures. Il n'y a plus de places". Jean-Marie, un voisin intervient : "J'habite rue Balsamine, je ne sais pas me stationner et la rue est trop petite pour se mettre en double file pour décharger la voiture. A Neder-Over-Heembeek il y a aussi beaucoup de voitures ventouses. Les gens se garent ici et prennent le tram. Cela ne coûte rien".

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Pour beaucoup de Heembeekois, l'offre de transport dans leur quartier est suffisante. "C’est inutile, explique Geneviève, riveraine de la rue de Heembeek. Il y a assez de bus. On sait aller rapidement en ville. Je ne veux pas de ce tram aussi car c'est beaucoup de bruits et de vibrations dans nos maisons".

La plupart des commerçants ont également rejoint le cortège de manifestants. Veerle, est pharmacienne dans la rue Vekemans depuis 1993. "J'ai un commerce qui va souffrir avec les travaux. Je vais peut-être devoir mettre mon personnel au chômage technique. Les gens ne sauront plus venir chez moi en voiture alors qu'il y a une majorité de personnes âgées. J'ai récupéré l'officine de ma mère et je comptais la transmettre à ma fille. Je pense à son avenir aussi". La pharmacienne poursuit : "Ils veulent aussi rajouter des arbres à Zavelput mais c’est un endroit où il y a du trafic de drogues. On va rajouter des endroits sombres pour se cacher. Ils nous disent qu'ils vont rajouter de l'éclairage plus tard mais c'est un mensonge".

Gérard est dans le cortège pourtant il ne ne se fait pas d'illusion. "J'ai été le porte-parole des riverains lors de l'interpellation citoyenne au conseil communal de Bruxelles. En discutant avec les riverains, j'ai compris que c'était plié, qu'ils ne feraient pas marche arrière. On ne comprend pas l'itinéraire du tram. La tram va passer dans des rues sinueuses où les maisons sont très anciennes, collées et n'ont pas de fondation alors qu'à côté il y a l'avenue croix de Guerre qui est rectiligne, plus adaptée et où les maisons sont plus espacées". Pour cet enseignant, la suppression des places de parking est également un gros point noir de l'arrivée du tram. "Pour trouver une place près de chez mois je dois rayonner de plus en plus loin. Mon record est 1h15 pour me garer et rentrer chez moi".