Bruxelles Les banques désertent certains quartiers de la capitale, empêchant certains Bruxellois d’accéder à leur argent.

"J’habite à Neder-Over-Hembeek depuis 40 ans. C’était un petit village très sympa mais, au fil des années, il s’est agrandi, encore et encore. Aujourd’hui, sa population a explosé et, pourtant, on n’a plus accès à rien : après la poste et les librairies, ce sont les banques qui mettent la clé sous la porte."

Dans le nord de Bruxelles, Marcelle n’est pas la seule à déplorer cette situation. À la sortie du supermarché, Sophie confirme : "J’ai de la famille à Jette donc je vais là-bas. Ici, je sais que ce n’est plus la peine." Jean, lui, s’est résigné à prendre le bus pour aller jusqu’à Laeken. "Je pense qu’il y a une politique générale de supprimer les agences. C’est triste, tout se fait par Internet aujourd’hui, il n’y a plus de contact humain."

Dans les rues de Neder-Over-Hembeek, seules trois banques ont encore une agence, toutes ouvertes uniquement en matinée. Parmi elles, celle de KBC fermera en avril prochain et celle de BNP en septembre. Le motif avancé la BNP est clair : "Quel est l’intérêt d’ouvrir une banque où personne ne vient ?"

Febelfin, la Fédération belge du secteur financier, constate en effet que le retrait d’espèces recule ces dernières années et que le Belge privilégie de plus en plus les paiements électroniques. "Mais la demande de liquidités reste considérable et le réseau ATM en Belgique reste important par rapport aux autres pays européens."

Globalement, la Belgique n’est donc pas une si mauvaise élève. Le problème semble surtout tenir à la répartition des agences et des distributeurs sur le territoire. L’année dernière, le député bruxellois Jef Van Damme (SP.A) pointait déjà du doigt la disparité entre la commune de Molenbeek qui compte 36 distributeurs pour 96.629 habitants et celle d’Ixelles, qui en compte 125 pour 86.244 habitants.

À la Ville de Bruxelles, les banques disparaissent petit à petit pour se rassembler dans certains quartiers, comme à De Wand, à Laeken. "Ça fait longtemps qu’il n’y a plus aucune banque à Haren. Maintenant, elles quittent Neder qui compte tout de même 25 000 habitants. Même dans le centre, les ATM se comptent sur les doigts d’une main", déplore Alain Courtois (MR), ex-échevin de la commune.

"D’un côté, ils n’arrêtent pas de construire des logements à Neder mais de l’autre, ils suppriment les infrastructures administratives. Je ne comprends pas", s’étonne Marcelle. "Près de l’hôpital militaire, il n’y a qu’un magasin d’alimentation et une pharmacie. On se fout des gens", renchérit Alain Courtois. Les personnes âgées et les personnes à mobilité réduite sont les premières touchées par ce manque d’infrastructures. "Dans mon voisinage, beaucoup de vieilles personnes ont du mal à se déplacer et n’ont donc plus accès à leurs extraits de compte par exemple, parce qu’elles n’ont pas Internet."

Pour Jef Van Damme, l’accès à un distributeur constitue pourtant "un service de base devenu tellement essentiel, comme bénéficier d’eau et de gaz". Il prône ainsi l’instauration d’un service minimal, avec au moins un distributeur par quartier. "Il est vrai que cela coûte de l’argent aux banques mais il faut garantir ce service au citoyen", approuve Alain Courtois, qui va plus loin : "À un moment donné, il faut être logique. Soit on supprime les payements en cash, soit on met des distributeurs à disposition des citoyens. Il faut choisir."

De son côté, l’échevin en charge du Commerce de la Ville est conscient du problème. Si les pouvoirs communaux ne peuvent obliger les banques à ouvrir des agences, Fabian Maingain (Défi) entend bien les rencontrer : "Nous sommes en contact avec le secteur bancaire pour voir comment on peut installer plus de distributeurs dans les quartiers qui en manquent." À l’heure d’écrire ces lignes, il n’avait pas encore reçu de réponse du secteur. Il propose par ailleurs "d’offrir certains murs de nos bâtiments publics pour accueillir des distributeurs".