Bruxelles

Contrairement aux idées reçues, le piétonnier ne déplaît pas à tout le monde ! Voici 5 témoignages de riverain, commerçants et architecte qui vont à contre-courant du flot de mécontents.

Dans la genèse difficile et encore incertaine du piétonnier, ses détracteurs se sont très vite fait entendre. Avant même que la phase test soit mise en place, riverains et associations ont notamment déploré le manque de concertation du projet, le report du trafic sur le mini-ring ou la construction de quatre parkings jugés dispensables.

Ensuite, ce sont des commerçants qui ont pris le relais. Leur chiffre d’affaires est en berne et pour eux, le piétonnier est clairement le responsable. Ces dernières semaines, la gronde s’est durcie, se focalisant sur la personnalité de celui qui incarne le projet : Yvan Mayeur (PS). S’en est suivi une pétition réclamant sa démission, un refus de table dans un restaurant gastronomique, l’apparition de logos anti-Mayeur dans les commerces et lundi, une manifestation en marge du conseil communal.

Une communication musclée qui pourrait laisser croire que personne ne veut de ce piétonnier. "99 % des gens sont contre ce projet, qui est totalement raté", nous disait encore hier une commerçante. Aujourd’hui, on constate que ce sentiment communément partagé est loin de la réalité.

Depuis peu, un certain nombre de citoyens et de commerçants sortent du bois pour manifester leur attachement au réaménagement des boulevards du centre, y voyant pour l’avenir une opportunité commerciale ou de vivre ensemble. En témoigne, par exemple, le groupe Facebook Touche pas à mon piétonnier qui a récolté plus de 2.800 likes en 48 h. Nous sommes partis à la rencontre de ces partisans pour entendre leurs arguments.

Chantal Desmet, commerçante: "C’est dans l’air du temps d’être contre le piétonnier"

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Chantal Desmet est catégorique : "Je suis pour le piétonnier". Cette gérante de Lady Paname, un love-shop situé rue des Grands Carmes, soutient l’initiative qui, pour elle, était nécessaire. "C’est vrai que c’est un grand boulevard, mais un boulevard fort engorgé par les voitures. C’est toujours difficile au début, mais je reste persuadée qu’à moyen et long terme, ça va apporter un plus dans les quartiers, de nouvelles enseignes et de nouveaux lieux de promenades", explique-t-elle. Le plus dur est de changer les habitudes et comportements des clients qui ont, selon elle, leur part de responsabilité. "Je me pose d’ailleurs la question de savoir s’il faut vraiment incriminer lepiétonnier et non pas les gens qui n’y viennent plus, par fainéantise ? Mais c’est dans l’air du temps d’être contre le piétonnier", affirme Chantal Desmet.

Philippe Watticant, commerçant: "Le boulevard est plus agréable"

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Phillipe Watticant, tenancier du café-restaurant El Metteko, situé à quelques pas de la Bourse, est plus que favorable au piétonnier. "Ce n’est que du bonheur, le boulevard est plus agréable", précise-t-il. Pour lui, mais aussi pour ses clients. "Je n’aurais pas eu une augmentation de la clientèle s’ils n’appréciaient pas. Les gens viennent manger en terrasse, ce qui n’était pas le cas avant. Ils sont plus paisibles, ils boivent un verre, fument une cigarette dehors sans toutes les contraintes de l’autoroute qu’il y avait avant à côté d’eux", ajoute-t-il. Selon lui, les critiques viennent aussi de ceux qui bénéficiaient déjà d’un piétonnier. "Il y a une fronde actuellement de la part de ceux qui ont eu les privilèges dans le temps, comme autour quartier du Sablon ou du Marché aux Poissons. Maintenant que ce nouveau piétonnier leur fait concurrence, ils sont moins contents", estime le gérant de l’établissement. Il tient aussi à rappeler que c’est un plan sur 3 ans et les travaux en surface vont bientôt débuter.

Richard Harris, riverain: "Aménagé, le piétonnier sera très attractif"

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"Le piétonnier n’a pas encore été finalisé que les gens veulent déjà le supprimer" , déplore Richard Harris, qui habite à proximité de la place Saint-Géry. "Mais quand les arbres seront plantés, que le mobilier urbain sera installé et le revêtement refait, ce piétonnier sera très attractif pour les Bruxellois et les touristes" , estime ce belgo-américain qui a toujours vécu dans le centre-ville. "À l’époque, une pétition de 7.000 signatures circulait pour s’opposer à la piétonnisation de la grand-place, qui était alors un parking à ciel ouvert. C’est une question d’habitude ! Certains commerçants ont du mal financièrement, mais l’entière responsabilité n’incombe pas qu’au piétonnier."

Isabelle Azais: "Des clients redécouvrent le centre quand ils sont à pied"

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"C’est sûr que le piétonnier n’est pas au mieux actuellement, mais il faut penser sur le long terme. On est dans une phase de transition, je pense que c’est la meilleure solution pour le bien du centre de Bruxelles et la concentration de voitures n’est bonne pour personne", affirme Isabelle Azais qui tient depuis 10 ans la boutique-atelier La Vitrine, située au 96 rue du Marché au Charbon.

Elle ne cache pas que la situation doit être dure pour la plupart des commerçants, mais pour elle, les gens sont impatients. "Cela ne va pas se faire dans la facilité et la rapidité. Il faut être patient. On n’a jamais vu un si grand chantier se faire en six mois", souligne-t-elle. En outre, les événements récents n’ont pas aidé, selon elle, et on rejette trop souvent les fautes sur le piétonnier.

Pour la gérante, il existe actuellement suffisamment d’alternatives à la voiture, à Bruxelles et le piétonnier a même eu un effet positif sur le comportement de certains de ses clients. "J’ai des clients qui me disent qu’ils redécouvrent la ville. Ils en avaient marre d’être bloqués dans le centre, en voiture. Ils se déplacent maintenant en transports en commun ou à pied et découvrent des petits commerces qu’ils ne connaissaient pas", conclut Isabelle Azais.

Christophe Mercier: "Les commerçants ont tout à gagner, mais il faut les rassurer !"

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Le projet est positif mais on préfère râler. Les Bruxellois ont une peur viscérale du changement ! On est terrorisé à l’idée que ça aille mal."

Christophe Mercier est architecte et urbaniste au bureau Suède 36, situé sur l’avenue Van Volxem. Selon lui, la piétonnisation du boulevard Anspach permettra, à long terme, de redynamiser le centre-ville.

Mais il pointe des problèmes dans la communication. "Quand on pense un tel projet, la concertation est primordiale. Il faut créer un réseau avec tous les acteurs économiques, les grandes enseignes comme les petits commerçants. Il y a de la place pour tout le monde, un centre-ville doit être mixte ! Mais il faut arriver à mobiliser les acteurs autour de projets positifs, ce qui n’est pas le cas pour ce piétonnier tant controversé", explique-t-il.

"Mais j’ai vu des soirées dansantes sur le piétonnier, des tournois de ping-pong entre des inconnus. Il y a plein de choses positives qui s’y déroulent. Et qu’on arrête de toujours ramener ce piétonnier à la personne d’Yvan Mayeur ! Les commerçants ont tout à gagner, mais il faut les rassurer."

Retrouvez l'ensemble des témoignages dans votre DH journal de ce mercredi !