Bruxelles Les deux réalisateurs du film Black ont reçu la distinction de Brusseleirs de l’année la semaine dernière. Un film qui a déjà fait des échauffourées au Kinepolis de Bruxelles !

Adil El Arbi et Bilall Fallah se sont rencontrés en 2007 sur les bancs de l’école Sint-Lukas, à Schaerbeek, après avoir chacun doublé leur première année. À cette époque, les deux acolytes lisent un livre pour l’école, Black de Dirk Bracke, explorant l’univers sombre des bandes urbaines à Bruxelles. "Ce roman nous a fasciné ! Nous avons directement contacté l’auteur pour l’adapter sur grand écran", expliquent les deux réalisateurs d’origine marocaine, récemment élus Bruxellois de l’année.

Sept ans plus tard , Adil (27 ans) et Bilall (29 ans) présentent leur film Black , sorti au cinéma ce mercredi. Ce deuxième long-métrage, qui s’apparente à une version contemporaine de Roméo & Juliette , raconte l’histoire d’amour de deux jeunes Bruxellois issus de bandes rivales. Le film choque, au point que certains cinémas refusent de le diffuser (voir ci-dessous).

Mais du côté des États-Unis, Adil et Bilall sont très prisés, puisqu’ils ont été contactés par les plus grands producteurs hollywoodiens, dont Jerry Bruckheimer ( Le Pirate des Caraïbes ou Top Gun ) ou Spike Lee ( Malcolm X ). "Nous devons ce succès en partie à Michaël Roskam (NDLR, réalisateur du film poignant Tête de bœuf ) et à Nabil Ben Yadir, qui a réalisé Les Barons. Ils sont un peu comme nos grands frères, on peut les contacter quand on veut, c’est un vrai luxe ", explique Adil, déjà très connu au nord du pays pour avoir remporté l’émission flamande de divertissement De Slimste Mens ter Wereld (La personne la plus intelligente au monde). "J’y ai participé dans le but de promouvoir notre premier film, Image, et ça a réussi", se souvient-il.

Le point commun entre Black et Image ? Les deux films se déroulent dans la capitale. "Bruxelles a cet aspect grandiose qu’on retrouve dans certains films de Scorsese. On n’a pas beaucoup d’argent, mais si tu places la caméra dans les rues, ça donne directement l’impression d’être un grand film épique. Bruxelles possède une richesse cinématographique inestimable", précise Bilall.

Adil vient d’Anvers et Bilall de Diegem, mais ces deux ambitieux réalisateurs connaissent Bruxelles comme leur poche. "Nous avons fait un streetcasting afin de trouver les deux meilleurs acteurs principaux. On voulait qu’ils soient le plus authentiques possible, sans forcément être acteur" , conclut Bilall.

À présent, Adil et Bilall souhaitent réaliser un nouveau film qui parle des jeunes partis combattre en Syrie, "avec beaucoup de poésie, d’humour et de sensibilité, sans rentrer dans les habituels clichés".

"Notre film colle à la réalité des bandes" 

Des cinémas, comme le Vendôme, ont décidé de ne pas programmer Black , non pas par peur de la réaction du public, mais bien car "il ne correspond pas à la ligne éditoriale" . Une déception pour Adil et Bilall . "C’est dommage car on aurait voulu que le public se fasse sa propre opinion. Il circule à Hollywood dans les plus grands studios mais à Bruxelles, tout comme à Charleroi ou à Verviers, ce n’est pas partout le cas." 

La directrice du Vendôme a toutefois réagi en indiquant que le long-métrage n’allait pas être diffusé car la salle ne programmait jamais ce genre de film . Alors, est-ce que les scènes violentes du film se déroulent dans nos rues ? Oui, si l’on en croit Adil : "selon l’agent de police spécialisé dans la matière, les bandes urbaines sont toujours plus nombreuses. On ne les voit pas car elles agissent à huis clos, ça reste un monde fermé, comme l’omertà dans les mafias. La raison pour laquelle on n’en parle pas, c’est parce que les victimes sont pratiquement toujours les membres d’une bande urbaine, qui n’iront donc pas se plaindre à la police". 

De son côté, Bilall affirme qu’il serait absurde qu’un film tourné à Bruxelles ne puisse pas être visionné par les Bruxellois, alors qu’en Flandre il est autorisé partout.