"Nous, ce qu'on veut en tant que personnes à mobilité réduite, c'est notre autonomie"

Bruxelles

Mathilde de Kerchove

Publié le - Mis à jour le

"Nous, ce qu'on veut en tant que personnes à mobilité réduite, c'est notre autonomie"
© Mathilde de Kerchove

Une bande dessinée dépeint les difficultés quotidiennes auxquelles sont confrontées les PMR à Bruxelles.

Depuis toujours, Léa, atteinte d'une maladie de la colonne vertébrale, se déplace en chaise roulante. Étudiante en graphisme, Léa est aussi, dans une vie parallèle, une jeune journaliste bruxelloise qui écrit des articles sur les djihadistes.

Cette autre vie, c'est celle de l'héroïne de la bande dessinée Léa, roue de secours, écrite par Joël Saucin, illustrée par Bernard Cattoor et éditée par Hans Van de Cauter, le seul journaliste à mobilité réduite de Belgique. Ensemble, les trois créateurs avaient un objectif: rappeler les obstacles qui s'imposent quotidiennement aux personnes à mobilité réduite. "C'est important de faire une bande dessinée là-dessus, pas pour se plaindre une énième fois, mais pour sensibiliser les personnes valides d'une part, et les invalides d'autre part. Je veux réveiller les personnes qui ont un handicap qui restent chez elles et qui ne se battent pas pour que Bruxelles devienne accessible", explique Léa.

Inspirés d'un reportage tourné par la maison de production Frontnews en 2016 sur la vie de Léa, tous les jours confrontée aux problèmes de l'accessibilité des transports en commun, les réalisateurs ont décidé de lui inventer une vie de journaliste pour illustrer en bande dessinée cette réalité."Il nous fallait un fil rouge, parce qu'on ne voulait pas juste exposer les difficultés, on voulait mettre ça dans un contexte", explique Hans Van de Cauter. "Donc on a pensé à transposer ma situation sur la vie fictive de Léa. La plupart des histoires et situations qu'on retrouve dans cette bande dessinée sont des expériences que j'ai vécues en tant que journaliste invalide. Ce n'est pas pour rien qu'aujourd'hui je suis toujours le seul journaliste en chaise roulante. C'est un travail compliqué quand on a du mal à se déplacer".

L'ambition des trois coréalisateurs de Léa, roue de secours serait de continuer à sortir plusieurs éditions de cette BD, chacune abordant un problème social différent, lié aux personnes à mobilité réduite. Ce premier chapitre concerne par exemple les transports en commun. Dans la bande dessinée, on suit la vie de journaliste de Léa qui, à de nombreuses reprises, se retrouve confrontée au manque de facilités d'accès pour les transports en commun. On la voit par exemple descendre des escaliers à l'envers, sur sa chaise roulante, mais aussi prendre l'escalator de manière bancale et vertigineuse, ou encore devoir laisser passer certains trams parce qu'ils ne sont toujours pas à la bonne hauteur. "Je sais que des mesures sont en train d'être mises en place, mais pour l'instant notre plus gros problème réside dans le fait de se déplacer à Bruxelles" explique Léa.

En effet, si en Région bruxelloise 51 stations de métro sur 59 sont équipées d'un ascenseur, ils sont pour la plupart très souvent en panne, tout comme les escalators. Un autre exemple: il y a quelques années, la Région a investi dans des nouveaux trams dont l'entrée est à hauteur du sol, pour que les chaises roulantes puissent entrer directement. De nombreux anciens modèles parcourent cependant encore la ville, dotés d'une entrée avec des marches qui rendent l'accès aux fauteuils roulants très compliqué.

Dans la BD comme dans la vie, Léa n'est pas du genre à s'empêcher de vivre malgré son handicap. "Nous ce qu'on veut en tant que PMR, c'est notre autonomie. Je suis toujours obligée de demander de l'aide, mais on aimerait ne pas avoir à le faire. C'est comme si vous demandiez de l'aide alors que vous pouvez marcher, ça n'a pas de sens. La Région devrait faire en sorte qu'on puisse se débrouiller tout seul" conclut-elle.

Réaction de Bianca Debaets (CD&V), secrétaire d'Etat bruxelloise en charge de l'égalité des chances

"C'est vrai que les obstacles pour les personnes à mobilité réduite sont énormes. Selon moi, lorsque nous concevons un espace public, la priorité doit être de d'abord penser à ces personnes et de limiter un maximum ces obstacles. C'est pourquoi j'ai lancé l'ordonnance Handistreaming, visant à favoriser l'inclusion des personnes en situation de handicap dans tous les domaines politiques. Lorsqu'une nouvelle législation est élaborée, il faut d'abord se demander: quel est l'impact pour les personnes handicapées?"








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