Les chiffres sont en baisse à Bruxelles. Pourtant, l’inquiétude grandit. Comme Inge Neven le pressentait la semaine dernière, le variant Omicron s’invite dans les foyers bruxellois pour le réveillon de Noël. Le ton de la responsable du dispositif Covid de la Cocom est sans appel: "le variant Omicron n’arrive pas au bon moment puisque tous les indicateurs de l’épidémie, quoiqu’en baisse, restent à un niveau élevé à Bruxelles".

"C’est peut-être un variant moins agressif, qui générera proportionnellement moins d’hospitalisations. Mais ce qui est sûr, c’est qu’il se propage beaucoup plus vite", assure Inge Neven en s’appuyant sur les courbes exponentielles observées au Danemark et au Royaume-Uni. "Là-bas, les contaminations doublent tous les deux jours".

Forcément, la crainte est que "ça amène une pression supplémentaire sur les hôpitaux". Car en cette fin décembre, la météo n’est toujours pas au beau fixe dans les unités de soins intensifs bruxelloises (USI). "Les taux d’occupation restent très élevés pour le moment", opine la spécialiste. Ainsi, 170 patients ont été admis sur les 7 derniers jours, soit 16,3% des admissions belges. 388 malades sont hospitalisés en date du 21 décembre, dont 98 en soins intensifs (une baisse de -11%) et 61 sous respirateur. "L’ajout d’Omicron génère donc un grand danger devant nous selon nos prédictions".

«Un grand danger» sur les USI et le testing

La Cocom s’est en effet livrée à des simulations sur base de prédictions "optimistes", soit des contaminations qui augmenteraient de 30% par semaine, "soit moins qu’aux Danemark ou en Angleterre". Neven est formelle: "les taux de contamination grimperaient très vite". Sur la base du taux actuel, on dépasserait les 100.000 contaminations par semaine dès le 11 février.

Forcément, les soins intensifs trinqueraient. Là aussi, sur base d’un taux d’admission optimiste de 0,1% parmi ces contaminations (on était à 0,23% lors de la 3e vague), la capacité de lits en soins intensifs serait dépassée dès la semaine du 15 au 21 janvier. "Une pression supplémentaire sur la santé et les secteurs essentiels qui peut donc aller très vite", alerte Inge Neven sans fard.

© Cocom - IPM

Les capacités de testing et de tracing bruxelloises ne seraient pas mieux loties. Le testing pourrait déjà être débordé entre Noël et Nouvel An si on continue à exiger 2 tests en cas de contact à haut risque, et dès le 14 janvier pour un seul test. Bruxelles assure actuellement quelque 10.000 tests par jour et sa capacité se situe à 12.000. Le tracing pour sa part sera débordé dès Noël en cas d’un appel par contact à haut risque et 2 par retour de voyage, et dès le 29 janvier si on se restreint à un seul appel dans chaque cas. "On a tenu la route durant toute la 4e vague", constate l’experte. "Mais avec une augmentation telle que prévue pour Omicron, on tombera à court de main-d’œuvre dans les centres, de capacité d’analyse des prélèvements et d’opérateurs au call center".

«Un plan d’action» sur les rails

Évidemment, la Cocom ne reste pas les bras croisés face à ces mauvais augures. "Un plan d’action" est déjà sur les rails pour ne pas se laisser déborder. "On s’assure de disposer de masques FFP2 ou chirurgicaux en suffisance pour la santé, le sans-abrisme, les centres de testing et vaccination ou les maisons de repos", détaille la responsable. Ces secteurs doivent prévoir "du back-up" si les quarantaines s’y multiplient pour le personnel.

Pour le tracing, "un basculement des protocoles automatiques du téléphone au SMS en cas de contact à haut risque" sera activé. Ainsi que la promotion des autotests "pour soulager la capacité de testing". De même que l’utilisation de la plateforme en ligne pour renseigner ses contacts à haut risque en cas de détection positive.

Reste au Fédéral à déterminer les éventuels durcissements des mesures sanitaires. Le Codeco de ce 22 décembre risque déjà d’enrubanner ces cadeaux de Noël avant l’heure, qu’aucun Belge ne souhaite voir atterrir au pied du sapin. Et Inge Neven de marteler: "il faut continuer de mettre le plus de barrières possible dans nos comportements de base. C’est pas chouette, personne n’en veut. Mais c’est notre rôle d’en avertir les Bruxellois. Sinon, nous serons en difficulté et nous devrons prendre des mesures supplémentaires très agressives". Bien plus qu’une gueule de bois du 1er janvier.