L’ancien propriétaire de l’îlot Falstaff, Willy Gigounon, affiche son amertume

BRUXELLES Willy Gigounon est amer. L’ancien propriétaire du Falstaff et de l’îlot attenant – le même que va développer le promoteur immobilier Jean Thomas – revient sur ses années d’exploitation, les nombreuses demandes de permis, toutes recalées, pour y construire un hôtel. Et rejoint sans le vouloir la diatribe lancée lundi dernier par le conseiller communal Geoffroy de Brachène sur les contradictions du collège sur le sujet : prescrits urbanistiques et éventuelles accointances entre le maïeur bruxellois, Freddy Thielemans (PS), et Jean Thomas.

À l’époque, l’îlot Falstaff, côté rue Henri Maus, était occupé par l’Arau, Inter-Environnement Bruxelles et divers autres comités. “Leur départ était lié à notre volonté de construire un hôtel à cet endroit. Nous étions sous l’ère Demaret. Il avait crié son opposition au projet dans la presse. Puis nous a contacté pour nous dire que tout allait s’arranger. À l’époque, c’était l’usage de passer dans son bureau pour faire avancer un projet…”

Entre-temps, le partenaire financier de M. Gigounon – l’agent de change Van Moer et Santerre – a largement modifié le projet initial, lui offrant ampleur et modernité. “Lorsque ce projet est rentré à la ville de Bruxelles, Henri Simons était à l’urbanisme. Il a recalé le projet. À l’instar des trois ou quatre demande que nous que nous avions présentées.”

Argument avancé ? “Le plan régional de développement (PRD) interdisait des hôtels de plus 50 chambres dans le périmètre. Permettez-moi de signaler qu’entre-temps, on a construit le Mariott en face de La Bourse, en toute illégalité.”

La suite de la saga de l’îlot Falstaff est plus stupéfiante encore. Victime d’une arnaque en interne (150.000 € d’envolés tout de même), la brasserie Falstaff négocie un plan d’apurement avec la TVA et l’ONSS. “Tout se déroulait pas trop mal. Nous remboursions 20.000 € par mois. C’était difficile mais jouable.”

Jusqu’au jour où “on nous a demandé de tout payer d’une traite. Impossible. On nous a alors mis en faillite. Quelque temps plus tard, un article de quatre pages publié dans le journal du tribunal estimait que cette faillite était illégale”.

Van Moer et Santerre ont alors subi la pression communale, les menaçant d’expropriation contre 1,9 million d’euros. “C’est à ce moment que Jean Thomas est arrivé avec ses trois millions d’euros sur la table.” Difficile, voire impossible de refuser l’offrance.

Selon Willy Gigounon, “il s’agit d’une très belle affaire”. “Je ne sais pas quel est le rôle de Freddy Thielemans et Charles Picqué là-dedans. L’on sait néanmoins qu’ils sont très amis avec Jean Thomas” – par ailleurs présent sur les listes PS aux dernières communales…

“J’ai tout perdu dans cette histoire. Pire, l’équipe de M. Thomas a gardé le matériel horeca présent dans le bâtiment. Il y avait de quoi faire un nouvel établissement avec ce qu’il y avait là : hottes, fourneau, fours, etc. Ils m’ont même laissé démonter une chambre froide toute neuve avant de me faire déguerpir.”

Au service Urbanisme de la Ville de Bruxelles, on se porte sur la situation actuelle, point barre. “La dernière demande de permis pour l’îlot date de 1999” , précise l’échevin Christian Ceux (CDH), reconnaissant que ce dossier contient du pour et du contre. “Celle de M. Thomas est la première qui mixte hôtellerie et logements. Tandis que le projet actuel respecte en plein la valeur architecturale du bien.”



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