Où en est le plan toilettes de la Ville de Bruxelles? Annoncé au printemps, ce dernier devait dès 2021 enrichir le vaste territoire communal de 4 nouvelles toilettes permettant notamment d’accueillir les femmes. La semaine dernière, le photographe amateur Patrice Niset, à l’initiative d’une expo plutôt insolite sur les pissotières publiques, répétait l’inégalité hommes femmes qui pèse encore et toujours sur ces équipements urbains. Il y a en effet 29 urinoirs sur la Ville, pour 10 toilettes fermées (et 4 à la STIB). L’échevine de la Propreté Zoubida Jellab fait le point.

Zoubida Jellab, vous êtes échevine de la Propreté publique et des Espaces verts (Écolo) à la Ville de Bruxelles. Où en est le " plan toilettes " annoncé en mars 2021?

La première toilette du plan arrive près de la place Fontainas, à l’entrée du parc Simone de Beauvoir, rue des Six Jetons. Une autre est prévue rue Putterie, près de la Gare Centrale. Ces dispositifs devaient être achevés en 2021 mais nous attendons encore les permis, qui doivent être délivrés par la Région.

Le plan prévoit encore 2 autres toilettes dans l’espace public, et 4 toilettes sèches dans les parcs: où en est-on?

Deux nouvelles toilettes seront placées en 2022 à la Porte d’Anvers et place de La Chapelle. Pour les parcs, nous prévoyons toujours au moins 4 ouvertures de toilettes sèches au square Prince Léopold, au Bois de la Cambre, au parc d’Egmont et dans un dernier parc. Mais là aussi, c’est assez compliqué.

Pour pallier le manque, vous avez lancé l’opération "toilettes accueillantes": ça marche?

Nous avons jusqu’ici 44 partenaires sur tout le territoire de la Ville: dans le centre mais aussi à Laeken, Neder-Over-Heembeek, Haren et dans le quartier des Squares. Chaque cafetier, restaurateur ou espace culturel participant reçoit 1.000€ par an pour le nettoyage. En contrepartie, il promet d’accepter l’utilisation des toilettes sans exiger de consommation. Des autocollants roses sont apposés sur les commerces participants, qui sont repris dans l’app mobile Peesy. Le système est salué puisque nous avons reçu le 1er Prix 2021 de l’Association des Villes pour la Propreté Urbaine (AVPU, qui regroupe plus de 140 villes de France, Belgique et Suisse, NDLR).

Profitable aussi aux caisses de la Ville?

Une seule toilette publique, c’est entre 50 et 60.000€ minimum, sans compter le nettoyage qui monte jusqu’à 15 ou 20.000€. Pour les toilettes accueillantes, on tourne donc en 2021 à 44.000€ par an. Le budget est prévu jusqu’à 50 partenaires.

Le photographe Patrice Niset attire l’attention sur l’inégalité hommes/femmes toujours criante pour l’accès aux sanitaires publics

À terme, nous souhaitons transformer les 39 urinoirs de la Ville en toilettes fermées. Car cette inégalité, c’est vraiment d’un autre temps. C’est aussi primordial pour les sans-abri qui ne sont souvent pas les bienvenus dans les cafés.

Le nettoyage, c’est une mission compliquée?

Nos équipes nettoient les urinoirs et toilettes tous les jours, voire deux fois par jour. Il y a toujours des soucis avec les urinoirs. Ils attirent des nuisances, sont parfois vieillissants. Ça suinte, ça dégouline, il y en a souvent plus à côté que dedans. C’est un mobilier esthétique, mais pas toujours efficace.

Justement: le photographe dit aussi que les autorités ont souvent le réflexe de les dissimuler…

On estime encore trop que l’on ne peut pas uriner dans les espaces publics. Ça tient aussi au fait que les rues ont toujours été conçues comme des lieux de passage, et non d’occupation. Mais en 2021, on construit des piétonniers. Je pense que les toilettes publiques y sont un vrai service. On refait bien sans arrêt le macadam pour les voitures.

Le confinement a-t-il accentué votre réflexion?

Durant cette période unique, lorsque restaurants, bars et espaces culturels ont fermé, des citoyens nous ont en effet confirmé qu’ils ne se rendaient plus en ville car ils ne pouvaient plus accéder aux toilettes. Il y a des malades, des personnes âgées, pour qui cette nécessité est primordiale. C’est une réalité pour beaucoup de personnes.