Le nombre de personnes à la rue a doublé en huit ans, selon la Strada, qui tire la sonnette d’alarme.

"La situation de précarité en Région bruxelloise est plus inquiétante que jamais et il convient de prendre des mesures concrètes pour enrayer ce phénomène."

Yahyâ Hachem Samii, directeur de la Strada, le centre d’appui du secteur bruxellois de l’aide aux sans-abri, s’est montré très critique ce vendredi au moment de présenter les résultats du dénombrement 2016 des personnes sans-abri ou mal logées dans la capitale, à l’heure où le Samusocial qui coordonne la lutte contre le sans-abrisme est dans la tourmente.

"La tendance est à la hausse constante depuis 2008 et il convient, plus que jamais, de prendre des mesures pour permettre aux personnes précarisées de conserver leur logement, et d’éviter que ce public fragilisé ne bascule dans le sans-abrisme", ajoute Yahyâ Hachem Samii.

La Strada a présenté son quatrième recensement en huit ans, et le nombre de sans-abri a atteint des records. Pour la première fois, un double recensement a eu lieu. Le premier s’est tenu le 7 novembre 2016 avant le démarrage du plan Hiver, et le second a eu lieu durant la nuit du 6 mars 2017, pendant le dispositif hivernal. "Une décision prise pour avoir une vision plus globale de la situation", précise le directeur de la Strada. Les constats relevés sont sensiblement les mêmes. Le dénombrement du 6 mars 2017 fait état de 4.094 personnes sans abri et mal logées.

L’un des éléments importants de l’étude consiste en la répartition géographique des personnes sans abri. Lors du second dénombrement de mars, il ressort que la majorité des personnes se trouvaient hors du Pentagone (43 %), tandis que 28 % des sans-abri étaient dans le Pentagone - sans compter les gares et le piétonnier. Enfin, il apparaît que 22 % des sans-abri se retrouvent dans les trois gares (Nord, Centrale et Midi). "Un nombre toutefois moins important que les autres années et qui peut être mis en lien avec les mesures de sécurité renforcées avant et surtout après les attentats de mars 2016", précise Yahyâ Hachem Samii.

En revanche, le nombre de places dans les structures d’hébergement reconnues, hors accueil d’urgence, reste stable. Dans le même temps, on constate le développement de formes alternatives d’hébergement et des logements précaires. Ceux-ci représentent une solution temporaire pour 60 % des personnes dénombrées en 2016. Un chiffre qui est une sous-estimation de la réalité (voir ci-dessous). Les enquêtes soulignent également qu’un revenu de la Sécurité sociale ou de l’aide sociale offre une protection insuffisante contre le sans-abrisme et le logement inadéquat.

Cette étude est l’occasion de rappeler qu’une grande diversité de réponses est nécessaire pour enrayer la problématique du sans-abrisme. "Il faut développer une collaboration durable sur toute une série de matières, en n’oubliant pas de travailler sur la prévention pour éviter que des personnes basculent dans la rue", conclut Yahyâ Hachem Samii.

Un véritable travail d’orfèvre

C’est un véritable travail d’orfèvre auquel s’est attelée la Strada, le centre d’appui au secteur d’aide aux sans-abri, pour recenser les personnes vivant dans la rue. Elle a ainsi collaboré avec 150 organismes du secteur de l’aide aux sans-abri pour détecter les endroits prioritaires et définir les secteurs à dénombrer, et a bénéficié du soutien d’une série de services publics tels que les CPAS, les communes, la Stib et la SNCB. Concrètement, plus de 180 volontaires ont sillonné, de 23 h à minuit, le 7 novembre 2016 et le 6 mars 2017, l’ensemble du territoire de la Région bruxelloise afin de compter le nombre de sans-abri et mal logés. Par ailleurs, le secteur de l’hébergement et du résidentiel a fourni les chiffres d’occupation. Mais précisons que les chiffres produits sont une sous-estimation de la réalité car certaines personnes vivent cachées dans des squats, ou logent chez des tiers.