Ghislain Debongnie, âgé de 88 ans, est l’un des doyens de la cité Val Maria, à Neder-Over-Heembeek, où il vit depuis 53 ans avec son épouse Madeleine. "Nous vivions dans un appartement à Ixelles avec nos trois jeunes enfants et nous avons eu l’opportunité d’occuper cette maison plus grande avec jardin. Ces maisons étaient alors réservées aux familles nombreuses. C’était déjà des logements sociaux mais dans le bon sens du terme."

À cette époque, à la fin des années 1960, début 1970, les familles nombreuses étaient essentiellement francophones. "Quand les Flamands de Neder-Over-Heembeek ont vu arriver cette vague francophone, ils ont eu peur. Les gens du village nous prenaient de haut, ils nous considéraient comme des voyous", se souvient, un peu amusé, le vieil homme aux yeux malicieux. Par "les gens du village", Ghislain Debongnie entend ceux du centre de Neder-Over-Heembeek soit la rue François Vekemans "qui était très flamande". "Dans le Val Maria, il y avait aussi des néerlandophones, mais nous étions dans le même bateau. On se reconnaissait entre nous."

Quand on lui demande s’il s’est mis au néerlandais, il répond : "Je suis un simple francophone et je ne suis pas doué en langues. Je ne connais que le français. Je suis d’ailleurs à moitié français." Ghislain Debongnie ne s’est jamais arrêté à cette barrière linguistique pour aller vers les gens. "Je respecte leur langue, confie Ghislain. Lorsque j’allais à des réunions où les gens ne parlaient que néerlandais, je ne demandais pas qu’on me traduise. Je restais jusqu’au bout même si je ne comprenais rien. Je demandais plus tard à quelqu’un de ma connaissance de me faire un résumé. Quand je voyais des francophones exiger qu’on leur traduise une réunion alors qu’ils étaient minoritaires, ça me foutait en rogne."

Lors des loisirs, les francophones, de plus en plus nombreux, ont commencé à se mélanger aux Flamands. "Les Flamands étaient bien embêtés car quand ils organisaient des actions, c’étaient surtout des francophones qui arrivaient, relate le senior. La salle de réunion, le théâtre, le cinéma qui fonctionnait avec le café, tout ça c’était la communauté flamande. Puis, ils nous ont acceptés."

C’est aussi sur le terrain des luttes que Ghislain s’est entendu avec la plupart des Flamands. "Là, tout le monde était d’accord" même s’il se souvient que, lorsqu’il frappait aux portes avec sa pétition sous le bras, "on me claquait la porte aux nez, au premier mot de français ". L’objet de sa première pétition était un projet de réaménagement du quartier de la Ville. "On pouvait voir la maquette mais à l’hôtel de ville et seulement certains jours à certaines heures. J’ai dit que les citoyens devaient être au courant et que la maquette devait être apportée à Neder-Over-Heembeek pour qu’on puisse la voir." Puis il y a eu d’autres pétitions par la suite. Comme celle contre le passage de trois autoroutes par Neder-Over-Heembeek.

Ghislain Debongnie est un militant de la première heure et s’est rapidement engagé à son arrivée dans le quartier Val Maria. "Nous avons créé dès le début un comité de quartier, le Ciapanoh (comité d’informations et d’action pour l’aménagement de NOH, aujourd’hui disparu, NdlR). J’ai travaillé avec les Flamands ici. Ils m’ont permis d’utiliser leur imprimerie. J’étais en bonne entente avec les militants. Nous avions les mêmes combats. J’ai eu d’ailleurs un très bon ami : Fons Franssens, c’était un Flamand au cœur mais il était ouvert. On a œuvré ensemble. J’ai de bons souvenirs de cette époque. Il est décédé maintenant, il était plus vieux que moi." Madeleine, son épouse, montre une photo de lui, posée sur leur commode.