L’édition bruxelloise du Monopoly, limitée à 10 000 exemplaires, est en vente à 50 €.

"Vous entrez dans la zone de basses émissions avec une vieille voiture diesel : versez 40 M pour chaque maison et 115 M pour chaque hôtel que vous possédez." Pas de chance ce coup-ci. D’autant que votre voisin vient de vendre "des gaufres de Bruxelles à la Foire du Midi" et qu’il a reçu 200 M. La nouvelle édition du Monopoly s’est bruxellisée jusque dans ses cartes Chance et Caisse de communauté. Disponible en deux versions, l’une bilingue français-néerlandais l’autre en anglais pour la communauté européenne, le jeu entend montrer toutes les facettes de la capitale.

De la rue des Bouchers au palais royal, en passant par l’avenue Louise et le palais de justice, le plateau fait le tour de Bruxelles. La présence de deux salles de concert, Le Botanique et l’Ancienne Belgique, y apporte une touche musicale. Le stade d’Anderlecht figure également sur le plateau, grâce au vote de 3 000 Bruxellois (es). Les habitants de la capitale ont en effet eu l’occasion de choisir le monument qu’ils souhaitaient voir intégrer le jeu. Comme le veut la tradition, le plateau affiche aussi quelques gares ainsi qu’une station… Cambio. "La ville change, il était important pour nous de montrer ces nouveautés", explique Cedric Libbrecht, coordinateur de projet pour Groep 24, la société qui publie les Monopoly belges.

Cette dernière a déjà produit des éditions de Bruges en 2017 et Malines en 218. Elles se sont rapidement écoulées à 5 000 exemplaires chacune. Au total, 10 000 exemplaires de l’édition limitée bruxelloise sont disponibles en magasin depuis hier. "80 % de notre stock est déjà vendu ou réservé par des magasins ou des particuliers."

Très intéressante sur le papier, cette version bruxelloise du célèbre jeu, vendue à 50 euros, nous a quelque peu déçus. On vous explique pourquoi, en cinq points clés.

Manneken-Pis, censuré sur le coffret… et le plateau de jeu

Impossible de sortir une version bruxelloise du Monopoly sans Manneken-Pis. Mais Hasbro, le développeur du jeu américain ne veut pas de nudité. Alors il a décidé de rhabiller le ket le plus célèbre de la capitale pour l’hiver. Enfin pour l’été, avec un slip bleu et jaune, équipé d’un iris stylisé. Un clin d’œil au drapeau de Bruxelles, pas des plus pratiques pour faire pipi tranquillement. Comme tous les vêtements inspirés d’un drapeau, le résultat final est d’ailleurs fort peu convaincant. "On était fâché quand on a appris la nouvelle. On leur a envoyé la page Wikipédia et des informations de l’Office du tourisme pour leur montrer à quel point il faisait partie du patrimoine culturel mais ils n’ont rien voulu savoir", explique Groep 24. Pour Marc Guebel, de l’ordre des amis de Manneken-Pis, cette décision est un non-sens : "Je ne comprends pas cette attitude. C’est l’esprit américain dans ses extrêmes. À ce moment-là, il y a plein d’œuvres d’art qu’on ne pourrait pas mettre en avant. Leur jeu perd clairement de son caractère bruxellois."

Un plateau très sombre pour une capitale pourtant très verte

"On a choisi des couleurs chaudes pour le coffret car les jeux de société se jouent surtout en hiver ou en soirée", précise Cedric Libbrecht, coordinateur de projet pour Groep 24. Bleu nuit, des étoiles illuminant le ciel, le coffret semble en effet pensé pour une soirée au coin du feu. Mais le plateau est du même acabit, très sombre car peu coloré. Il manque par ailleurs un peu de vert parmi les monuments représentés : Bruxelles regorge de parcs en tous genres, l’un d’eux aurait sûrement mérité de se retrouver sur le plateau. Dans les illustrations, celui du Cinquantenaire a dû céder sa place à l’arcade du même nom, plus représentative du lieu, il est vrai. Manneken-Pis défiguré, Atomium déformé, le design des monuments ne nous a pas particulièrement plu. Même si les goûts et les couleurs…

Le Musée des Égouts, plus cher que le Cinquantenaire

Sélectionner les monuments à représenter dans le jeu n’est pas chose facile. Les répartir sur le plateau une fois la sélection faite non plus. "Choisir l’ordre des monuments a été assez compliqué. Finalement, nous avons essayé de nous baser sur la valeur des bâtiments. Ainsi, l’Atomium vaut par exemple plus que l’avenue Louise", explique Cedric Libbrecht, coordinateur de projet pour Groep 24. Si le raisonnement paraît logique, son application, elle, l’est un peu moins.

Dans les faits, le quartier des Marolles est la première case du plateau. En tant que tel, il ne coûte donc "que" 60 M (Monopolys), la monnaie du jeu. À égalité avec la rue des Bouchers, le quartier vaut donc moins que tous les autres monuments représentés dans le jeu, en ce compris le… Musée des Égouts. Avec une valeur de 220 Monopolys, ce dernier est d’ailleurs mieux coté que le Cinquantenaire (100 Monopolys) et l’avenue Louise (180 Monopolys). Sans surprise, la Grand-Place est le monument le plus cher (400 Monopolys).

L’AfricaMuseum, pas le plus bruxellois des monuments

Entre la case prison et la salle de concert le Botanique se trouve l’AfricaMuseum. Loin d’être le musée le plus incontournable de la capitale, ce dernier n’est même pas bruxellois puisqu’il se situe en réalité à Tervuren, en Brabant flamand donc. Ce choix est d’autant plus étonnant que le musée est loin de faire l’unanimité auprès la communauté belge afrodescendante. Créée en 1897 à l’occasion de l’Exposition universelle de Bruxelles, l’institution s’appelle alors Musée du Congo. Peu en phase avec son époque, le musée n’a changé son exposition permanente valorisant l’époque coloniale que très récemment, dans une volonté de porter un regard critique sur la colonisation belge. D’autres musées, bruxellois, auraient pu apporter une touche culturelle au jeu. Sans oublier le quartier Matonge et la multiculturalité, qui font de Bruxelles ce qu’elle est.

Parc Astrid : le stade d’Anderlecht affiché sous son ancien nom

Plébiscité par les Bruxellois (es) lors d’un vote qui permettait à chacun de choisir quel monument devait faire partie du jeu, le stade d’Anderlecht se retrouve voisin du Manneken-Pis. Alors que ce dernier s’est vu censuré par les Américains, le stade est lui affiché sous son ancien nom : Parc Astrid. "Au moment où nous avons produit le jeu, le nom du stade n’était pas encore devenu le Lotto Park. S’il y a une autre impression, le nom sera modifié. Pour celle-ci, il était déjà trop tard", précise Cedric Libbrecht de chez Groep 24. Le plateau affiche par ailleurs deux raccourcis. La basilique de Koekelberg est très sobrement nommée Koekelberg, la commune appréciera. De son côté, la cathédrale Saints-Michel-et-Gudule est appelée Sainte-Gudule. Peu précis, cela a toutefois le mérite de permettre la présence d’une femme sur le plateau.

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