Parti lancé en 2008, Pro Bruxsel “titille” le FDF sur son terrain Avec des visées à l’horizon régional

BRUXELLES Le mouvement, des membres de la société civile l’ont amorcé. La cause - Ensemble, Samen, Together - de Pro Bruxsel, parti officialisé le 16 avril 2008, prend pour cible le monde du pouvoir. Que Philippe Delstanche, un président “élu démocratiquement” en janvier égratigne. Sans concession.

Pro Bruxsel se proclame la voix de tous les Bruxellois. Qu’envisagez-vous pour la faire entendre ?

“Nous avions la ferme intention de créer une liste bilingue aux régionales de 2009. Un comble : la loi en interdit le principe même. In fine, nous avons présenté deux listes, l’une avec un appendice F, l’autre avec un appendice N. C’était cocasse… Cela ne nous a pas desservis. La couverture médiatique fut réelle et nous avons engrangé 8.065 voix, soit 2 % de taux de pénétration. C’était très respectable de devenir la première des petites listes… avec le double de voix de celle qui nous suivait. Nous n’aurons pas de liste aux communales, les efforts devant essentiellement se développer au régional et au fédéral…”

Pourquoi ne se focaliser que sur ces niveaux de pouvoir-là ?

“Tous les partis sont communautaires. Avec, essentiellement des visées électoralistes. Dans l’histoire, les Bruxellois sont toujours les parents pauvres. Surtout à cause de l’existence du FDF qui n’est pas, ou plus, un parti bruxellois. Il ne les défend pas.”

Votre credo est - et reste - la défense des habitants…

“Oui. Nous nous voulons un parti de gens responsables, venant avec des choses étayées, pas avec des utopies. Notre enracinement, c’est le concret. Nous avons une vraie vision pour Bruxelles.”

Vous dites combattre des “absurdités”. Les exemples ne manquent pas, apparemment.

“Tout le monde veut de Bruxelles; mais personne ne veut des Bruxellois ! Prenez les finances. En 2009, j’ai réactualisé une étude portant sur le budget. On y décèle beaucoup d’aberrations. Exemple : si l’on cumule le budget Stib à celui de l’entretien des voiries régionales, on arrive à près plus de 700 millions. Sur un budget de 3 milliards ! Cela signifie que chaque Bruxellois paie environ 700 € par an pour ce secteur. Or, à en croire le plan Iris 2, près de 50 % des usagers de la Stib ne sont pas Bruxellois. Un autre exemple ? On affirme que le RER sera une chose formidable. Chez Pro Bruxsel (un en-tête mariant le nom de la capitale en français, en néerlandais et en anglais, NDLR), nous n’en sommes pas sûrs du tout. Il va accélérer l’exode des moyens revenus vers la périphérie. La ville se paupérise et se résume déjà de plus en plus à une unique dichotomie entre riches et pauvres.”

Vous afffirmez que “Bruxelles paie énormément de choses”. Ainsi le budget régional qui ne représente que 1 % du budget de l’ensemble des entités fédérées, fédéral compris, alors que Bruxelles, c’est 10 % de la population. À quoi attribuer les injustices que vous décriez ?

“Une étude de l’univeristé de St-Louis montre que toutes les grandes villes perçoivent, du fonds des communes, un financement lié à leur impact extérieur. Mais à Bruxelles, le fonds, c’est pour les 19 communes C’est plus ou moins 440 millions… en dépit d’une situation particulière qui fait que son manque à gagner est évalué à 1,266 milliard - les 89 députés coûtent trop chers, soit 90 millions environ et le manque à gagner en IPP ou en taxes de bureaux, à cause des institutions européennes est colossal aussi. Le mépris pour la métropole est général. On note de plus en plus un désintérêt de la Flandre pour Bruxelles, sous prétexte que l’on y parlerait trop français. 95 % des habitants déclarent parler prioritairement la langue de Molière. Mais 40 % de la population n’a ni le français, ni le néerlandais pour première langue. Sans compter les ressortissants de l’Union européenne ne votant qu’aux communales. Enfin, il faut dire que le fédéralisme de 1970 a généré un système qui a pris ses habitudes, en vingt ans - la régionalisation date de 1989, NDLR.”

Le remède ?

“Notre proposition va dans le sens d’un fédéralisme de solidarité entre Régions adultes. Entre quatre Régions.”

Sur quoi repose ce postulat ?

“Sur une ambiguïté terrible, créée par le fédéralisme et qui fait qu’aujourd’hui, on a tiré toutes les ficelles - les limites - de l’ambiguïté.”



© La Dernière Heure 2011