L'enthousiasme de Kir pour la Villa Tinto n'est pas partagé

BRUXELLES Le secrétaire d'Etat bruxellois Emir Kir, chargé de l'Action sociale, a redit vendredi tout le bien qu'il pensait de l'expérience anversoise de gestion de la prostitution via la Villa Tinto, un lieu réglementé regroupant une cinquantaine de carrés, aménagé dans un quartier, à proximité d'un centre de santé et d'un commissariat.

Son enthousiasme exprimé à la suite d'une visite sur place en septembre dernier, n'est pas partagé par tous dans la majorité bruxelloise, si l'on en croit les échanges parfois vifs qui ont eu lieu vendredi au parlement francophone bruxellois entre lui et Céline Fremault (cdH).

On estime que quelque 4.000 à 5.000 personnes, dont un tiers d'hommes se prostituent à Bruxelles et dont une majorité (3.000) le font dans contexte privé (escortes, salons de massage, et autres établissements spécialisés).

Pour le futur bourgmestre de Saint-Josse Ten Noode, commune qui subit les conséquences du phénomène, dans le quartier nord, la problématique doit être abordée de manière intégrée en visant à limiter les nuisances causées au voisinage, à lutter contre la criminalisation du secteur et à assurer la santé ainsi que les conditions de travail des prostituées.

Dans ce contexte, il s'est dit "impressionné" par le modèle anversois de la Villa Tinto aménagée au terme de très longues années de réflexion dans le contexte d'un projet de réaménagement de tout un quartier, porté par l'ensemble des acteurs de la ville. Les lieux ont été rénovés, en assurant accompagnement social, sanitaire et en renforçant la sécurité.

Pour Mme Fremault, il s'agit d'une approche trop cantonnée au volet urbanistique, dans une vision réglementariste d'une des "dernières formes de violence faite aux femmes" à laquelle elle est farouchement opposée, car propice à un appel d'air, et à la mise en place d'un "état-prostituteur".

Selon elle, le sujet mérite en tout cas un débat très large à tous les courants du monde associatif impliqués dans cette problématique.

En termes moins tranchés qu'elle, Dominique Brasckman (Ecolo) a dit rejoindre M. Kir dans le souhait d'un large débat au niveau régional sur cette question.

Comme Mme Fremault, elle a regretté que seule une association adepte du réglementarisme de la prostitution ait été invitée à Anvers. Il faut aussi aborder les liens entre la prostitution et d'autres phénomènes sociaux comme celui des sans papiers ou encore sur ses origines comme la traite des êtres humains et en tout cas évaluer les règlements qui existent avant d'envisager autre chose, a-t-elle jugé.

© La Dernière Heure 2012