La Région bruxelloise continue de se préoccuper des conséquences de la réforme de la Protection civile adoptée par le gouvernement Michel (MR), à l'initiative de l'ex-ministre de l'Intérieur Jan Jambon (N-VA) Elle adressera cette semaine un courrier au gouvernement fédéral pour s'assurer que les engagements pris pour en limiter les effets soient respectés, a indiqué mardi le secrétaire d'Etat bruxellois en charge du Siamu Pascal Smet (one.brussels) en commission des Affaires Intérieures du parlement bruxellois. 

Cette réforme dictée par des considérations a fait passer de six à deux le nombre d'unités de la protection civile en Belgique. Alors qu'elle dépendait auparavant de l'unité de Liedekerke, la Région bruxelloise dépend désormais de celle de Crisnée. Conséquence directe: le délai d'acheminement et de déploiement de moyens spécialisés est passé d'une demi-heure à deux heures, ce que les autorités bruxelloises et les professionnels de secours ont dénoncé à plusieurs reprises sous la précédente législature.

Le gouvernement bruxellois a porté la question devant le Comité de concertation. Une task- force a été mise en place pour étudier l'impact éventuel de la réforme pour la Région de Bruxelles-Capitale et de prévoir le cas échéant un phasage afin d'en gérer correctement les conséquences.

Selon Pascal Smet, les travaux de la task-force ont mis en lumière que des risques CBRN-E (chimique - biologique - radiologique - nucléaire - explosif) spécifiques existent en Région bruxelloise et qu'il convient d'en tenir compte. Ils ont aussi révélé que la répartition des tâches et des missions entre les zones de secours (et le Siamu) et les unités opérationnelles de la Protection civile a été déterminée en l'absence d'une doctrine d'intervention et ne prend pas en compte le facteur temps. Sur base de ces constats, le comité de concertation a chargé le groupe de travail fédéral technique existant de poursuivre le développement de la doctrine CBRN-E nationale complète en intégrant en particulier l'étude de la situation spécifique de la Région de Bruxelles-Capitale.

En 2019, le gouvernement fédéral a par ailleurs décidé d'accorder une augmentation des crédits fédéraux relatifs à la dotation spécifique pour le Siamu, à hauteur de 1,4 million d'euros, pour lui permettre d'acquérir du matériel lui permettant de faire face au risque CBRN. Une augmentation de 400.000 euro est en outre reconduite chaque année, en principe, pour l'amortissement de ce matériel. Les travaux du groupe de travail technique fédéral sont toujours en cours et le SIAMU, qui y participe, désespère de les voir aboutir.

"La Belgique ne dispose donc toujours pas, en 2021, de doctrine nationale CBRN-E, alors même que celle-ci aurait été sans conteste d'une grande utilité dans la gestion opérationnelle de la crise COVID-19", a ajouté Pascal Smet, interrogé par Jamal Ikasban et Sadik Köksal (Défi).

Dans l'intervalle, et pour mieux parer aux deux premières heures d'une intervention CBRN-E, le Siamu s'est doté d'une procédure d'intervention spécifique et de matériel permettant une décontamination d'urgence de la population, à hauteur des crédits reçus du fédéral.

Au cours des travaux de la Task-Force, la Région bruxelloise a présenté une évaluation des moyens qui devraient être positionnés sur son territoire ou à proximité immédiate, pour faire face aux risques CBRN-E, à savoir un poste avancé de la Protection civile doté du matériel nécessaire pour réaliser une détection, une analyse et une décontamination de la population en cas d'accident impliquant des matières de type CBRN-E.

Cette proposition n'a pas été jugée réaliste financièrement par le fédéral, au regard des coûts annuels (tous frais confondus) que la Protection civile après la Réforme représentait.

A défaut de les obtenir du fédéral, une partie de ces moyens, tenant compte de la capacité du Siamu à les intégrer, a été reprise dans le programme des besoins de la nouvelle caserne Etat-Major du Siamu de la capitale.

Toujours d'après Pascal Smet, après le rejet par le Conseil d'Etat d'un premier recours contre l'Etat fédéral au sujet de la réforme, jugé irrecevable, la Région bruxelloise fonde beaucoup d'espoir dans un autre relatif à la dotation du Siamu de la capitale et à son sous-financement par le fédéral. .