Bruxelles Les mesures d’exclusion des allocations d’insertion du chômage impactent encore une fois les finances des communes pauvres.

Au niveau bruxellois, les mesures d’exclusion des allocations d’insertion du chômage impactent, sans surprise, les quartiers les plus pauvres de la capitale, c’est-à-dire ceux des communes bordant le canal. Sur les 4.785 Bruxellois exclus en 2015, première année où la mesure est entrée en vigueur, 3.011 habitaient Forest (234), Anderlecht (616), Molenbeek (632), Bruxelles-ville (822) et Schaerbeek (707). Il en ressort le chiffre de 63 % du total des exclusions, lequel peut encore grimper à 73 % en incluant les habitants de Koekelberg (100), Saint-Gilles (225) et Saint-Josse (130), les trois autres communes du fameux Croissant pauvre.

La décision prise en 2012 par le gouvernement Di Rupo de limiter à trois ans la durée durant laquelle on peut percevoir des allocations d’insertion frappent fortement les communes plus pauvres, ressort-il donc des chiffres transmis par l’Onem à la DH. Proportionnellement, c’est Molenbeek qui est de loin l’entité bruxelloise la plus touchée, avec 0,7 % de ses habitants qui sont concernés, puis viennent Schaerbeek (0,53 %), Anderlecht (0,52 %) et Saint-Gilles (0,5 %). À l’inverse, Woluwe-Saint-Pierre (0,1 %), Woluwe-Saint-Lambert (0,17 %) et Auderghem (0,17 %) peuvent avoir le sourire.

Les trois autres communes de la capitale, qui sont à peine impactées en 2015 par les mesures fédérales, au regard de leur population totale, sont Uccle, Boitsfort et Etterbeek. Car si 169 Ucclois ont bien été exclus, contre à peine 130 Tennoodois, leur nombre est quasiment insignifiant au regard des 81.280 personnes habitant l’entité.

De manière générale, l’infographie ci-contre rappelle si besoin est qu’il existe bien deux Bruxelles : un plutôt riche au sud du canal et l’autre, situé rive gauche, toujours plus précarisé. Les communes de Jette, Berchem et Ganshoren, si elles ne sont pas en rouge sur le graphique, sont en effet également fort impactées par les mesures d’exclusion.

Si le fait que les communes pauvres soient davantage touchées par les exclusions du chômage n’est pas une surprise en soi, les chiffres de l’Onem rappellent néanmoins que les entités bruxelloises ne sont pas toutes égales face à la crise. Les communes aux populations précarisées devront davantage mettre la main au porte-monnaie pour financer leurs CPAS, davantage mis à contribution. Pas moins de 40 % des exclus du chômage avaient ainsi déjà frappé la porte d’un CPAS, avait fait savoir, en septembre dernier, la section CPAS de l’Association de la Ville et des Communes de la Région de Bruxelles-Capitale (AVCB).

Or, le financement des CPAS est supporté à hauteur de 20 à 40 % par les localités elles-mêmes. Le gouvernement fédéral se décharge de ses responsabilités aux dépens des communes, avaient encore récemment dénoncé les 19 CPAS bruxellois. C’est ainsi que Molenbeek, qui se trouve dans une situation catastrophique d’un point de vue financier, a donc dû faire face cette année à de nouvelles dépenses inattendues.

© DH

Philippe Van Muylder, secrétaire général de la FGTB de Bruxelles: "Une mesure calamiteuse et anti-jeunes"

"Sans surprise, ces chiffres montrent qu’il s’agit d’une mesure calamiteuse et anti-jeunes. Au niveau régional, un contre-feu a été allumé par le gouvernement bruxellois avec la création du Contrat d’insertion (le ministre de l’Emploi, Didier Gosuin (Défi), a décidé de donner un CDD d’un an aux jeunes de moins de 25 ans au chômage depuis 18 mois, NdlR) . C’est une bonne nouvelle, mais il faut élargir la mesure aux moins de 30 ans et permettre aussi que ces CDD soient utilisables dans le secteur privé. Aujourd’hui, la mesure ne concerne que les secteurs non-marchand et public. De manière générale, ce n’est pas comme cela qu’on donnera confiance à la jeunesse !".

Les allocations d’insertion en bref

Les allocations d’insertion sont octroyées par l’Onem sur la base des études ou d’un apprentissage, avant même que la personne ait suffisamment travaillé pour prétendre aux allocations de chômage. Avant de rentrer en ligne de compte pour ces allocations, il faut avoir fait un stage d’insertion d’un an (autrefois appelé stage d’attente). Le gouvernement Di Rupo a limité la durée durant laquelle on peut percevoir des allocations d’insertion à trois ans. Le gouvernement Michel a pris, lui, deux mesures complémentaires : l’âge maximal pour introduire une demande a été abaissé de 30 à 25 ans, tandis que les moins de 21 ans doivent avoir réussi, et non plus seulement terminé, leurs études secondaires.