Depuis une semaine, le Palais 11 du Heysel est devenu le centre névralgique des dons belges. Des donateurs de tout le pays s’y rendent pour donner nourriture, produits de soin et vêtements. Muriel est venue de Ternat pour apporter des habits pour bébé. “On espérait s'en servir pour de futurs petits-enfents” mais face à la crise, elle s’est décidée à céder ses affaires. "Ce sont des civils, ils bombardent des villes comme ici.”

Pour récupérer, trier, impacter et charger le don de Muriel, mais aussi tous les autres qui arrivent depuis le début des combats, une armée de petites mains se relaient. Objectif : expédier au plus vite les vivres et fournitures à la frontière Polono-Ukrainienne. D’origine Ukrainienne, Russe, Polonaise ou encore Belge tous ces bénévoles sont vite plongés dans le bain ce désordre organisé créé dans l’urgence.

Anastasiia 22 ans : un père à la guerre et une nouvelle vie qui commence à Bruxelles

© William Deboulle

Arrivée en Belgique il y a un an, cette Ukrainienne est passée par le collège d’Europe de Bruges avant de s’installer à Schaerbeek. Elle avait laissé son père, sa mère et sa sœur au pays. “Mon père est mobilisé maintenant en Ukraine. Il ne fait pas confiance aux réseaux sociaux mais aux dernières nouvelles il allait bien, ma mère est ma sœur ont pu rejoindre Varsovie [Pologne]. Elles arrivent ce vendredi à Bruxelles, je les hébergerai". La jeune femme, qui vient de décrocher un premier poste de Manager junior dans un lobby européen, commence son nouveau travail ce jeudi. “Cela fait beaucoup d'un coup”. Rayonnante malgré sa situation, Anastasiia nous explique la situation particulière des Ukrainiens à l’étranger “Tu as le sentiment de ne pas faire beaucoup, que tu n’as pas les risques puisque tu es à l’étranger, donc tu viens ici, tu peux y faire quelque chose et tu aides au moins”. Touchée par la solidarité belge, Anastasiia regrette que son pays “riche et développé" se retrouve à devoir demander de l’aide. “Par le passé, l'Ukraine a pu être unie, mais ce sentiment se perdait. Au moins, la guerre nous aura ressoudé comme nation.”

Alain 67 ans : “Aujourd’hui, c’est à mon tour d’aider”

© William Deboulle

C’est la troisième fois qu’il vient. “Je suis pensionné, j’ai du temps à donner. Ce week-end, j’ai fait deux fois neuf heures. Là, c’est calme, mais samedi et dimanche, il y avait tellement de monde”. Pour Alain, habitant d’Evere, cette action lui permet de rendre la pareille. Atteint de fibromyagie, une maladie qui entraîne des douleurs nerveuses et musculaires chroniques, Alain est en invalidité depuis le début des années 2000. “J’ai beaucoup été aidé tout au long de ma vie, médicalement et psychologiquement. [...] Ici, on ne parle pas de passer, pas du personnel, on donne notre temps pour les autres, c’est tout.” Mais au-delà de cela, c’est la “disproportion du conflit" qui a décidé Alain. "La Russie est une immense puissance face à l'Ukraine. Je ne comprends pas pourquoi nos politiques ne font pas plus même si je n’aimerais pas être à leur place en ce moment”. Alain ne sait plus bouger quand il rentre du Heysel, à cause de sa maladie. “J’ai l’impression d'avoir couru un marathon, mais quand je suis ici, sur place, et que j’aide, toutes mes douleurs disparaissent.”

Sergiy 47 ans : le cerveau du Palais 11

© William Deboulle

Perché sur son chariot élévateur, ce Schaerbeekois est devenu l’un des principaux organisateurs logistique au Heysel. "J'avais quelques liens avec l’ambassade, ils m’ont demandé si je pouvais faire quelque chose". A la tête d’une entreprise de construction/rénovation, cette Ukrainien d’origine qui vit en Belgique depuis 1998 a tout de suite répondu présent. “Mes parents sont dans l’Ouest donc pour l’instant ça va. Ils ont juste bombardé l’aéroport à 30 km de chez eux le premier jour mais ça va. Moi, je ne sais pas me battre, par contre je peux faire ce que je fais ici.” Quand nous rencontrons Sergiy, il charge l’un des quatre camions qui doit partir dans la journée. “On en a déjà envoyés sept, je crois. Au début, j’ai contacté la société de transport, on m’a dit : - "Paye juste l’essence, le reste, c’est cadeau” - mais ça coûte facilement 1000 euros d’envoyer un camion là-bas. Les premiers, j’ai pu les payer de ma poche mais maintenant on a créer l'association Renaissance en partenariat avec l'ambassade pour recevoir les dons et financer les voyages".

Josée : 74 ans : bénévole un jour, bénévole toujours

© William Deboulle

Venu avec sa fille, Josée retrouve au Heysel l’esprit de solidarité qu'elle a connu toute sa vie. Vendeuse dans des “grands magasins”, cette touche-à-tout anderlechtoise était bénévole à l'Héli-Samu de la Hulpe il y a 40 ans. Elle a ensuite été assistante pour la croix rouge à Erasme pendant 12 ans. L’été dernier, elle était sur les sites des inondations pour déblayer les maisons des sinistrés. C’est tout naturellement qu’on retrouve Josée aujourd’hui au Palais 11. Arrivée “à l'improviste” pour son premier jour, elle a vite trouvé sa place et s’active maintenant à trier les pulls. "Ça me fait un peu mal au dos, mais on sait que c’est pour la bonne cause, ça nous fait notre gymnastique. On ne peut pas faire beaucoup plus que tirer pour l'Ukraine. Ces gens n’ont rien fait pour mériter ce qui leur arrive, cela me fait forcément mal au cœur [...] Ici, au Palais 11, on ne se comprend pas par la langue, mais avec les actes, tout le monde est gentil.” Une chose est sûr, Josée retournera rapidement au Heysel pour y retrouver cette énergie.