"Nous regrettons que l’absence de contact réel engendre une méfiance croissante envers les institutions et puisse entraîner les usagers et les usagères dans des situations inextricables qui les précarisent davantage." C'est donc plus qu'un simple enjeu administratif que les travailleurs sociaux de saint-Gilles défendent, c'est un enjeu social. Il y a les aînés, pour qui la manipulation d'appareils informatiques relève du parcours du combattant, et ce malgré leur bonne volonté. Mais il y a aussi les jeunes, qui doivent s'adapter aux conditions familiales quand ils ont besoin d'un ordinateur. "Beaucoup n’ont pu utiliser que leurs Smartphones pour suivre leurs cours en ligne. D’autres doivent partager le PC familial avec leurs parents et fratrie, le manque de moyens et de compétences informatiques ne leur permettant finalement pas de répondre aux demandes des enseignants et enseignantes. Cette digitalisation forcée a rendu les jeunes encore plus vulnérables face au décrochage scolaire."

Pour un choix libre en fonction de chacun

Si les travailleurs sociaux cherchent à garder un contact humain avec leurs interlocuteurs, c'est aussi pour garder "l'intérêt et l'empathie" entre les personnes, afin que les échanges ne soient plus réduits à des numéros de dossiers. Certes, certains utilisateurs préfèrent la numérisation des dossiers, et l'environnement de la réunion (quand celle-ci a lieu en physique) est plus détendu. Mais "cette crise sanitaire sans précédent n’a fait que révéler la fracture bien réelle qui se creuse dans la société", peut-on lire dans la lettre. D'ailleurs, si les demandes ont baissé ou sont régulées auprès du CPAS, ce n'est pas que "les publics ont disparu, ils n'ont juste pas atteint les services désirés". Les travailleurs sociax ne demandent donc pas un retour à l'unique contact physique, mais également à un accompagnement des personnes pour le numérique, et que chacun puisse choisir son mode de traitement.