Bruxelles Des courriers ont été envoyés pour démarcher les propriétaires des carrées de prostitution dans le Quartier Nord.

Les propriétaires d’immeubles comprenant des carrées de prostitution dans le Quartier Nord ont reçu récemment un courrier émanant de la commune de Saint-Josse. Signée par le bourgmestre Emir Kir (PS), cette lettre invite les propriétaires à faire savoir s’ils souhaitent mettre leurs biens immobiliers en vente.

"Dans le cadre du contrat de revitalisation urbaine du Quartier Nord, nous souhaiterions connaître vos dispositions à céder l’immeuble sis […] en vue d’un éventuel rachat par notre administration. Aussi, pour toutes questions relatives à ce courrier et éventuellement sur la procédure d’acquisition, vous pouvez contacter […] ", peut-on lire dans les missives envoyées par la commune.

Après la débâcle du règlement de police sur la prostitution qui avait été recalé par le Conseil d’État en mai dernier, Saint-Josse mise donc sur une nouvelle stratégie pour circonscrire la prostitution en vitrine. Pour démarcher les propriétaires, les autorités locales s’appuient sur le futur contrat de revitalisation urbaine du Quartier Nord qui figure parmi les cinq premières zones à bénéficier de ce programme régional. Une démarche qui peut sembler précipitée puisque les projets et les crédits budgétaires n’ont pas encore été validés par le gouvernement bruxellois.

"Nous sommes heureux d’avoir décroché le contrat de quartier et nous espérons obtenir des budgets pour le rachat de biens. Certains biens pourraient aussi être acquis sur fonds propres. Les biens qui ont été identifiés sont ceux qui représentent un intérêt en termes de création de logements et d’équipements publics. Pour le moment, on tâte le terrain et on signale simplement aux propriétaires que leur bien peut intéresser la commune", commente le cabinet d’Emir Kir.

L’idée d’un Pink Square refait surface. "Nous voulons rendre à ce quartier sa fonction première : du logement de qualité pour les familles. Nous ne voulons pas abolir la prostitution mais la contenir. Il y a toujours une volonté de regrouper toutes les carrées dans un intérieur d’îlot sécurisé mais cela demande des moyens", poursuit le cabinet du bourgmestre qui rappelle que, dans cette optique, certains numéros de la rue de la Rivière ne pourront plus proposer de carrées à partir de juin 2019.

Du côté de l’association Utsopi qui défend les droits des travailleurs du sexe, on regrette l’absence de dialogue. "Visiblement, ce courrier n’a été envoyé qu’aux propriétaires de carrées, ce qui confirme la spéculation immobilière dénoncée par Utsopi il y a plusieurs mois. Il n’y a eu aucune concertation depuis l’annulation du règlement. Une fois de plus, Saint-Josse fait la chasse aux putes", déplore Maxime Maes.

Des soupçons de spéculation immobilière aussi émis par le conseiller communal d’opposition Thierry Balsat (GIC). "La commune tente une OPA sur le Quartier Nord ! J’ai déjà eu vent de deux offres mais avec des prix indécemment bas. C’est vrai que certains propriétaires sont demandeurs de vendre leur bien, mais pas à n’importe quel prix…"

Frederic Roeken (Groen) Conseiller communal d’opposition

"En théorie, Ecolo-Groen n’est pas opposé au rachat des carrées de prostitution par la commune. Mais je m’étonne qu’il n’y ait pas de débat à ce sujet et de stratégie claire concernant les biens immobiliers que la commune veut racheter et avec quelle finalité. Va-t-on ressortir l’idée d’un Pink Square? Que va-t-il se passer pour les prostituées qui se retrouveront sans carrée ? Tout cela mérite un débat avec la commune de Schaerbeek. Nous sommes de nouveau partis pour un projet en stoemelings alors qu’il faut un projet structuré et concerté pour éviter de recommencer les mêmes erreurs du passé."