Bruxelles Un décret sera bientôt adopté par la Cocof pour légaliser les salles de consommation.

Ouvrir des salles de consommation sera bientôt légal à Bruxelles. C’est en tout cas l’objectif de la proposition de décret portée par Julien Uyttendaele (PS), député bruxellois. Discutée aujourd’hui à la Cocof, la Commission communautaire française, la proposition est déjà cosignée par la majorité bruxelloise, représentée par André du Bus de Warnaffe (CDH) et Fabian Maingain (Défi).

Elle devrait être adoptée dans les prochaines semaines et entrera donc en contradiction - mais c’est le but - avec la loi antidrogue de 1921. Cette dernière considère en effet qu’un tel lieu représente une incitation, ou en tout cas une facilitation de la consommation. Pourtant, le secteur est unanime : les salles de shoot permettent en réalité de limiter les risques liés à la consommation de drogue, comme les overdoses mortelles ou la contamination à l’hépatite C ou au VIH.

"La consommation de drogue est responsable de 85 % des hépatites C, dont le traitement coûte environ 70 000 €. Avec le coût d’un seul traitement, on pourrait financer plus de 35 000 packs d’injection stérile" , explique Julien Uyttendaele, 10e sur la liste PS aux élections régionales à venir.

Actuellement , des "comptoirs à seringues" proposent du matériel stérile aux consommateurs. "Ce n’est pas toujours facile parce que notre but est d’éviter les maladies mais nous ne pouvons pas leur donner des conditions adéquates de consommation, donc ils finissent par se piquer entre deux voitures, contaminant le matériel stérile qu’on leur a fourni", déplore Bruno Valekeneers, porte-parole de l’ASBL Transit.

Outre l’argument sanitaire, Uyttendaele met en avant les aspects liés à la salubrité et à la sécurité publiques : "Qui trouve agréable de voir quelqu’un se piquer en rue ?" La proposition de décret se base en outre sur l’étude "Drugroom" de Belspo. Cette dernière évalue les résultats de salles de consommation à moindre risque (SCMR) ailleurs en Europe. "On s’est rendu compte qu’au vu de la spécificité du territoire et de la population bruxelloise il est important de mettre en place une grande SCMR mais également des antennes locales dans des services ambulatoires spécialisés" , précise Bruno Valekeneers.

Souvent criminalisé et/ou sans domicile, le public concerné par les SCMR se déplace régulièrement. Des antennes plus petites dans divers lieux de la capitale couvriront ainsi mieux les besoins de la population. "Et puis, en ambulatoire, le personnel connaît son public, ce qui facilite les choses."

Autre aspect, non négligeable : le coût d’une grande salle de shoot. "Pour être efficace, il faut qu’elle propose de larges horaires d’ouverture et dispose du personnel adéquat, ce qui peut coûter jusqu’à 800 000 € par an", estime Bruno Valekeneers. Raison pour laquelle de petites antennes, bien moins coûteuses, seront privilégiées.

Avec ce décret, fruit d’un long processus, Julien Uyttendaele espère voir se développer tout un réseau de salles de shoot dans la capitale, notamment grâce au travail des services ambulatoires spécialisés. "De nombreuses associations, comme Dune, à Porte de Hal, sont preneuses d’antennes satellites" , conclut-il.