Des portes arrachées, des murs troués, le sol jonché de débris et une odeur pestilentielle. “On dirait qu’on est dans un squat ici, mais on ne l’est pas du tout”, explique Selma Benkhelifa, l’avocate de onze locataires d’un immeuble de la rue des Coteaux.

Il y a quelques jours, leur propriétaire, qui est en réalité un marchand de sommeil, est descendu dans cet ancien immeuble de 33 kots “pour tout casser”, racontent Jonathan et Redouane, qui habitent les lieux. Il aurait promis de revenir ce week-end pour terminer le travail entamé et expulser tout le monde, même si les habitants sont en ordre de loyers. La raison ? En irrégularité administrative depuis des années, le propriétaire (une entreprise dans le domaine du bâtiment), est contraint de payer de nombreuses taxes pour se remettre en ordre. “Pas de logement, pas de remise en ordre, pas de perte d’argent”, hausse des épaules le chef du cabinet de la bourgmestre faisant fonction, Cécile Jodogne (Défi).

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Présente sur place ce vendredi après-midi à la rencontre des habitants et du front anti-expulsion, elle observe et commente l’état des lieux avec désolation.

Schaerbeek (presque) impuissante

En réalité, le bâtiment n’est pas en ordre administrativement depuis 2006. Menacés, les locataires font régulièrement appel à la police.

Schaerbeek est donc au courant de la situation depuis longtemps, alors pourquoi attendre ce point de non-retour pour agir ? La bourgmestre explique mener une “vraie lutte préventive contre les marchands de sommeil”, un fléau récurrent à Bruxelles, “surtout dans les communes fragilisées comme Schaerbeek”, admet son bras droit, Marc Weber. La commune a ainsi mis en demeure le propriétaire à plusieurs reprises, ce qui ne l’a pas empêché d’expulser manu militari une vingtaine de ses locataires, dont des sans-papiers. Aujourd’hui, c’est le Parquet qui est en charge du dossier.

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Le front anti-expulsion sceptique

Plusieurs personnes sont désormais soit à la rue, soit logés chez des proches suite à cette expulsion illégale. “Nous n’avons pas d’outils, pas de logements de réserve, pour répondre à la situation d’aujourd’hui”, avance la bourgmestre. “Soit ce n’est pas vrai, soit ce n’est pas sérieux”, rétorquaient Maître Benkhelifa et le front anti-expulsion par après. Une réunion est désormais prévue pour continuer le dialogue, comme le souhaitaient les concernés.

Jonathan est arrivé dans l’immeuble il y a neuf ans, Redouane deux. Le premier concède “avoir peur pour mon intégrité et celles de mes colocataires ce week-end, le proprio a l’air chaud”. Si ce dernier venait à mettre ces menaces à exécution, les deux hommes ne sauraient pas où dormir.

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