Bruxelles

Une entreprise située dans la rue où a eu lieu l’accident de jeudi a décidé de réagir.

Les habitants, les personnes de passage et les automobilistes semblaient surpris ce samedi matin dans la rue Waelhem à Schaerbeek. Pour cause, une grande bâche avec un visuel de vitrine de prostituées illuminée par des néons rouges a été installée ce vendredi soir par une entreprise sur la façade de leurs locaux.

Cette initiative fait évidemment écho au grave accident qui avait eu lieu ce jeudi à quelques mètres de l’agence de communication mortierbrigade et lors duquel une adolescente avait été fauchée par un conducteur ayant ensuite pris la fuite. L’événement a été un déclic pour l’entreprise dont les membres constatent quotidiennement des excès de vitesses dans la rue et la dangerosité du carrefour de la chaussée de Helmet. “On est ici depuis 6 ans et c’est vrai que les comportements dangereux des automobilistes sont visibles presque tous les jours. Cette route est utilisée par certains pour rouler à de hautes vitesses avec leur véhicule. L’accident nous a fait prendre conscience qu’il fallait faire quelque chose. On travaille, de notre côté, pour des projets qui sont loin de chez nous. Ici, c’est un événement très proche donc on a été confronté presque directement. On souhaitait avec notre initiative montrer notre ressenti”, explique Joost Berends, directeur de création et fondateur de l’agence.

© BAUWERAERTS DIDIER

L’idée de la fausse vitrine a été imaginée très rapidement ce vendredi. Deux phrases ont été ajoutées sous le visuel. “Voici comment faire ralentir les hommes. testé et approuvé dans la rue d'Aerschot”, est-il écrit. La proposition est venue d’un duo de créatifs de l’entreprise, Geoffrey Masse et Nicolas Mouquet. Ce dernier explique qu’il s’est inspiré de son propre trajet pour se rendre quotidiennement sur son lieu de travail. “Je viens à vélo depuis le centre de Bruxelles. Je vois la différence quand j’arrive à Schaerbeek. C’est assez progressif. Les gens roulent très lentement à la rue d’Aerschot et quand je vais vers la place Liedts, on voit que les comportements dangereux augmentent. J’ai pensé à l’idée de faire un clin d’œil à la rue la plus calme de Schaerbeek avec la vitrine. Ce n’est pas un hasard, non plus, si nous avons indiqué le mot hommes et pas automobilistes dans la phrase sous la vitrine. Ce genre de comportements qui a encore été constaté jeudi est quelque chose d’assez machiste selon nous. Je pense qu’il faut être clair et honnête là-dessus”, raconte Nicolas Mouquet.

Nicolas Mouquet et Joost Berends.
Nicolas Mouquet et Joost Berends. © BAUWERAERTS DIDIER

L’objectif est aussi de permettre de lancer un débat par rapport aux comportements dangereux. La zone 30 n’est d’ailleurs pas respectée par beaucoup dans le quartier comme le constate chaque jour Joost Berends : “Notre initiative peut paraître surprenante, mais on ne voulait pas juste mettre une phrase chiante. C’est sûr que la vitrine est originale. On aurait pu prendre une image de vendeurs de légumes, mais c’était moins impactant. On a déjà beaucoup de commentaires positifs notamment sur les réseaux sociaux. Après, il y a toujours des gens qui ne sont pas contents”.

Le créateur de l’agence tient aussi à préciser que la fausse vitrine n’a pas été installée dans le but de faire de la publicité pour son entreprise : “Je veux être clair sur ce point. On a voulu faire ça pour parler d’un vrai problème qui nous touche. On a simplement voulu utiliser nos compétences pour mettre en lumière cette thématique et faire réfléchir”.


L'échevine de l’Égalité des genres et des chances contre l'utilisation du visuel des vitrines

L'initiative de l'agence de presse a fait réagir tout au long de la journée de ce samedi. C'est le cas notamment de l’échevine de l’Égalité des genres et des chances de Schaerbeek, Sihame Haddioui (Ecolo). Elle dit regretter profondément l’utilisation d’une violence pour en condamner une autre."Il n’est pas acceptable d’instrumentaliser les travailleuses du sexe pour produire une affiche qui essentialise tant les femmes dans un rôle d’objet sexuel que les hommes dans celui de prédateur. Si la sécurité routière est une priorité à Schaerbeek, elle ne peut se faire au détriment de la banalisation du sexisme et de la culture du viol pour laquelle j'applique la tolérance zéro et a fortiori sur le territoire de la commune de Schaerbeek. Si l’agence de communication souhaite vraiment soutenir la sécurité routière à Schaerbeek, je les inviterai dès lundi à mettre à profit leur créativité de manière respectueuse de tous et toutes au service de la sécurité routière", indique l'échevine.