Lors du premier week-end de 2022, une vidéo interpellante a tourné sur les réseaux sociaux. Celle-ci montre l'arrestation d'un homme par quatre agents de police. L'arrestation semble musclée : l'homme est jeté au sol, mis à plat ventre puis menotté. Dans les premières images de la vidéo, on voit un des quatre agents pointer son arme vers la personne arrêtée. D'après nos informations, qui restent cependant au conditionnel, l'homme arrêté aurait un couteau sur lui. 
Difficile d'en savoir plus cependant, la zone de police Bruxelles Capitale-Ixelles renvoie vers la police fédérale pour répondre à nos questions, cette dernière invoquant le Parquet. Mais le dossier étant à l'instruction, c'est au juge d'autoriser la publication d'informations à ce sujet. Même tonalité du côté du Comité P. "Si la personne arrêtée brandit un couteau, ça ne me paraît pas problématique que le policier braque son arme", confie Maître Athony Rizzo, avocat pénaliste et maître de conférences à l'Ulb.

Usage abusif de son arme ou réflexe intuitif ?

Seulement, la vidéo montre autre chose. La personne qui filme l'arrestation s'adresse aux policiers, alors que l'homme interpelé est déjà au sol. "C'est bon ! C'est bon ! Fais doucement !" Un policier, autre que celui qui tenait en joue la personne arrêtée, se relève vivement et pointe directement son arme vers la caméra, et donc celui qui la tient

"Le fait de braquer son arme vers quelqu'un qui filme, c'est une faute, et ça pourrait être une infraction si l'objectif du policier, en braquant son arme sur la personne qui filme est de l'empêcher de filmer." La question est donc ici de savoir quelle est l'intention de l'agent de police lorsqu'il dégaine son arme à feu. Et dans ce cas de figure, la vidéo semble jouer en sa faveur puisqu'il baisse son arme peu après l'avoir pointée. Pointant le canon vers le sol, il intime à la personne filmant l'intervention de reculer. Pour rappel, il est tout à fait autorisé de filmer des agents de police dans l'exercice de leurs fonctions (c'est au niveau de la diffusion que certaines précautions sont à prendre).

S'il n'y pas eu d'accident, il est important de ne pas nier la dangerosité de la séquence où, en l'espace de quelques secondes, deux personnes se retrouvent face à un canon au milieu d'un lieu public. "L'idée, dans les interventions de police, de toute utilisation de la force, c'est la proportionalité. A partir du moment où un policier fait face à un danger, il doit pouvoir y réagir en faisant un usage légitime de la force, qui va d'un coup de poing à l'utilisation d'une arme. Toute la question réside dans la légitimité ou la proportionnalité de l'utilisation de la force" précise Me Rizzo

Avec le peu d'informations disponibles quant au contexte exact de la vidéo, l'avocat ne semble pas non plus vouloir trop charger le fonctionnaire de police, d'autant plus qu'il est impossible de savoir ce qui figure de l'autre côté de la caméra. "Quand il braque le garçon qui filme, le policier baisse très vite son arme. (...) C'est dangereux, mais dès qu'il évalue que c'est un téléphone, il la rabaisse très vite." La Dernière Heure ne manquera pas de mettre à jour les informations concernant ce dossier quand les services judiciaires apporteront des compléments. Quoiqu'il en soit, le manque de contexte ne permettant pas de faire la pleine lumière sur cet évènement, il pourrait, à terme, relancer le débat des bodycams dans la poilce.