Il y a un mois débutait un projet pilote de tests rapides dans huit pharmacies bruxelloises. Celles-ci sont équipées pour tester des personnes présentant des symptômes du Covid-19. Avec ce projet, la Cocom entend atteindre les citoyens qui n’ont pas accès aux tests rapides antigéniques via les canaux réguliers. Si l’initiative a mis du temps à démarrer, elle semble aujourd’hui bien lancée. A Anderlecht, la gérante de la pharmacie Hardy, s’attendait ainsi à un flux ingérable dès les premiers jours. "J’appréhendais mais au final, on n’a eu personne. Là, ça commence à prendre de l’ampleur. Le bouche à oreille fonctionne donc les gens commencent à connaître l’existence du projet."

Tout près de là, le gérant de la pharmacie Lloydspharma a aménagé une pièce au niveau du garage pour assurer le testing. "On a eu beaucoup de monde, près de 70 personnes. Le flux est gérable, surtout quand il y a peu ou beaucoup de monde. Entre les deux, c’est plus compliqué parce qu’il faut à chaque fois mettre et puis enlever sa blouse, ses gants, etc. Quand il y a une heure entre deux tests, on perd un peu de temps à ce niveau-là." Autre élément chronophage, l’administratif : "Il y a trop de choses à faire : il faut encoder des données pour l’Inami puis remplir des questionnaires pour la traçabilité. Ça prend du temps et ça maintient aussi les personnes positives trop longtemps dans la pharmacie puisqu’il faut leur poser des questions pour l’encodage."

Outre ces contraintes, dont la partie administrative est la même que pour les médecins et centres de test, les pharmaciens et pharmaciennes croient en l’utilité du projet. "Sur les huit pharmacies jusqu’à jeudi, 356 tests ont été effectués, adultes et enfants confondus. Au total, cinquante cas se sont révélés positifs, soit 14,04 %. Sachant que la moyenne dans les centres de testing à Bruxelles est de 9 à 10 % de positivité, je pense qu’on a un vrai rôle à jouer", explique la gérante du Multipharma de la gare de l’Ouest. 

"En tant que pharmacie, on a une rapidité et facilité à dépister : quand un ou une patiente présente des symptômes, en vingt minutes le doute est levé, ajoute Pascale Hardy. Ainsi, ils ne sont pas perdus dans la nature. Parce quand on leur dit que ce serait bien d’aller se faire tester, on ne sait pas s’ils y vont vraiment." Et le pharmacien de Lloydspharma d’appouver : "Les gens poussent plus facilement la porte d’une pharmacie que d’un centre de testing. Et plus il y a d’endroits où on peut se faire tester, plus on détecte des personnes et assure la mise en quarantaine, moins il y a de risque de propagation."

A Molenbeek, les spécificités de la clientèle du Multipharma justifient également l’intérêt du projet. "Nos patients âgés ne savent pas forcément se déplacer jusqu’à un centre. Certains ne parlent qu’arabe et n’ont donc pas toujours accès aux informations dans les centres. Les pharmacies ont toujours été là depuis le début de la crise. On a un peu eu l’impression d’être relayées au second plan donc là, je suis contente qu’on soit vraiment mises dans la boucle de la prise en charge des patients."

La Cocom va à présent évaluer le projet, qui est déjà prolongé jusqu’au 17-18 mai, date de la prochaine réunion avec les autorités. "Nous sommes très satisfaits parce que nous avons atteint un groupe très spécifique de la population qui n’est pas touché par les canaux habituels (médecin généraliste ou centre de test), précise Barbara Verboven, responsable du projet. On peut conclure qu’on est vraiment complémentaires à ces canaux, d’autant qu’on renvoie systématiquement ces patients vers un médecin quel que soit le résultat."