Thomas Gunzig (43 ans) est un lève-tôt contrarié, obligé de sillonner Bruxelles à l’aube pour que nous puissions nous réveiller dans la bonne humeur avec sa chronique matinale, Café Serré sur La Première. Alors que l’on connaissait déjà le Boitsfortois comme écrivain ou nouvelliste, ses escapades aux petites heures lui donnent envie de se lancer dans la photo. Entretien avec l’auteur sur sa nouvelle et son ancienne passion : la photo et sa ville.

Comment est née cette idée d’un recueil de photos sur Bruxelles ? "Tout à fait par hasard. Il y a deux ans, l’horaire des Cafés serrés a changé. Ce qui a fait que j’ai dû me lever beaucoup plus tôt pour relier le boulevard Reyers. Ces trajets en voiture vers 6 h du matin m’ont fait découvrir une ville que je ne connaissais pas. Une ville vidée de sa circulation, de ses piétons. Une ville où l’on aperçoit beaucoup mieux les perspectives. Des perspectives qui sont insoupçonnées lorsque l’on est coincé dans les bouchons. Les façades, la lumière de l’aube… j’ai trouvé ça assez beau. Donc, un beau matin, j’ai pris mon appareil photo." Cette passion pour la photographie est ancienne ? "Non, mais après 20 ans passés à écrire des textes, j’avais envie de retrouver un plaisir différent dans la création. Un plaisir moins cérébral." Alors, à quoi ressemble Bruxelles au petit matin ?

"C’est comme dans les grands fonds où il n’y a ni oxygène et ni lumière. La faune de l’aube est presque totalement inexistante. Ceux qui vivent la nuit dorment déjà et ceux qui travaillent le jour ne sont pas encore levés. C’est un moment qui ne dure pas longtemps, une heure environ entre 5 h 30 et 6 h 30."

Bruxellois depuis toujours, vous êtes attaché à votre ville ? "Bien sûr, j’ai un million de souvenirs et d’émotions qui y sont liés. Elle me parle et je l’aime mais c’est aussi une ville qui est très fragile. Avec les remous communautaires que l’on connaît, elle est désertée. Elle va être, dans les années qui viennent, amenée à vivre un moment assez dangereux. Est-ce qu’il y aura assez d’argent pour permettre qu’on l’entretienne comme elle le mérite ? Est-ce que les milliers de gens qui vont s’y installer dans les années à venir trouveront un logement ? Est-ce que les problèmes de circulation vont être gérés ? Je pense que c’est une ville qui en pleine mutation, mais il n’est pas dit du tout qu’elle réussisse cette mutation." Pourriez-vous envisager de vous expatrier à Paris ou ailleurs ?

"Paris, sûrement pas ! C’est une ville magnifique, je le reconnais. Mais il s’y trouve une agressivité que je ne supporte pas du tout. Je n’aimerais pas vivre dans une autre ville que Bruxelles. Si je m’expatrie un jour, ce sera pour vivre au fond des bois dans une cabane au Canada."

Vous êtes écrivain, nouvelliste, chroniqueur radio et maintenant photographe. Vous comptez encore explorer d’autres domaines ?

"En fait, tout ça fait partie de la même histoire. C’est le plaisir de la création, infini et merveilleux. Je n’aime pas trop me définir comme écrivain, dramaturge ou photographe. On fait les choses par hasard et puis on se rend compte qu’on les aime bien. Je me définirais plutôt comme un auteur."


Bruxelles Derniers Rêves de Thomas Gunzig sort aujourd’hui aux éditions la Renaissance du livre.