Heures de tables décalées, temps de sommeil réduit : observer le jeûne du mois de Ramadan nécessite un changement d’habitudes substantiel. Mais pour les musulman.e.s sous traitement médical, ce dernier est encore plus conséquent. Certain.e.s pratiquant.e.s se voient dans l’impossibilité de jeûner, d’autres choisissent d’adapter leur traitement pour respecter l’abstinence.

C’est par exemple le cas de Chaimae, une Schaerbeekoise dont la sclérose en plaques a été diagnostiquée il y a cinq ans. "Je dois prendre mon traitement à une heure précise, que j’adapte en fonction de mes horaires. Comme je ne peux pas décaler brusquement le moment de prise, je dois m’adapter plusieurs semaines à l’avance pour pouvoir prendre le médicament après le coucher du soleil." La jeune femme de 25 ans doit en outre surveiller son poids, son traitement la faisant maigrir. "En cinq jours, j’ai déjà perdu 5 kg alors que j’étais à 38 kg. Personnellement, je ne le sens pas mais ma mère m’a directement dit d’aller voir mon médecin. Quand on prend un tel traitement, on doit systématiquement demander à nos médecins ce qu’on peut faire ou pas, soupire-t-elle. Je verrai avec lui ce qui est le plus conseillé. Arrêter de jeûner irait à l’encontre de ma volonté donc je vais mettre tout ce que je peux en place pour pouvoir terminer le mois."

Sophia (nom d’emprunt) tient elle aussi a jeûner complètement. Sous antidépresseur pour des troubles d’anxiété, elle a choisi d’arrêter son traitement. "Prendre un antidépresseur à 4h du matin ou à 22h, ce n’est pas du tout idéal donc je ne les prends pas du tout. Autant je le ressens physiquement, autant ça me fait aussi vachement du bien, raconte la Bruxelloise. Quand on les prend, surtout quand on n’est pas habitué, on a l’impression de ne pas être soi. Or le Ramadan est un mois où on se retrouve spirituellement. Pour moi, c’est encore plus le cas : ce retour à soi et à Dieu est encore plus profond." Un constat qui l’a poussée à prendre cette décision seule, sans l’avis de son médecin. "Je sais qu’elle n’approuverait pas mais je sais aussi que je vais bien. Là où je n’accorde pas du tout de temps à me poser et à prendre soin de moi en temps normal, pendant Ramadan, je prends ce temps spirituel."

Une autre pathologie, qui touche une portion importante de la communauté maghrébine à Bruxelles, nécessite, elle, un suivi médical plus strict : le diabète. A Laeken, Mustapha précise d'emblée être "diabétique de type 2 donc je peux faire Ramadan car l’une des façons de se prémunir de la maladie est le jeûne". Son frère Mohamed a, lui, besoin d’insuline pour réguler sa glycémie. "Avant que le jeûne ne commence, j’étais à 50 unités. Pendant Ramadan, je diminue. Je suis maintenant à 42 et vers 19h30 à 1,19 gramme. Je surveille ça tous les soirs pour être sûr que je peux continuer de jeûner, toujours avec les conseils du médecin ou d’une infirmière."

Yasmine non plus n’était pas sûre de pouvoir jeûner. "J’ai de très grosses migraines, je suis suivie par une neurologue. Au début, j’avais un doute donc j’ai testé mon corps la première semaine et il a assez bien réagi au fait que je prenne mes doses de médicament le soir." L’entourage des personnes concernées, lui, ne réagit pas toujours bien. Celui de Sophia est compréhensif. "Il n'est pas forcément pour que j’arrête de les prendre. Il me pousse à jeûner en prenant un verre d’eau avec mon médicament dans la journée. Il m’encourage quand même car il voit que ça m’apporte beaucoup plus de jeûner en entier."

Celui de Yasmine, en revanche, l’est parfois moins. "Ma mère suit un lourd traitement car elle est épileptique. Pour elle, il est impossible de jeûner. Ca fait débat chez certaines personnes mais ce n’est pas justifié car la santé passe avant, même son médecin lui déconseille de jeûner. Beaucoup ne comprennent pas ou font semblant de pas comprendre qu’on peut ne pas jeûner pour des raisons médicales. Au lieu de blâmer les personnes, surtout quand ça touche à la religion, ce qui est puissant, elles devraient se taire et s’éduquer."