Invité royal pour la première expo post-covid du Museum des Sciences Naturelles : Trix, femelle tyrannosaure XXL dont des bribes de vie nous sont parvenues grâce à un squelette complet à 75 %. On est certain qu’elle fait déjà baver vos kets. Voilà donc 5 choses à leur raconter avant d’aller la dévorer des yeux.

1 Prénom royal

Trix, 67 millions d’années, est découverte en 2013 dans le Montana par des chercheurs néerlandais et américains. « C’est un Tyrannosaurus Rex, espèce la plus commune des tyrannosaures américains », précise Thierry Smith, paléontologue au Museum d’Histoire Naturelle, qui dénombre « une dizaine d’espèces de ce théropode, répartis en Amérique du Nord et Asie ». Le Black Hills Institute, connu aussi pour les découvertes de Sue et Stan dont une copie rugit près des iguanodons de Bernissart, assemble le squelette dans le Dakota du Sud. Trix traverse ensuite l’Atlantique vers le Centre Naturalis de Leyde. Elle est baptisée en l’honneur de la Reine Beatrix. On pourrait donc dire que Trix est une « Tyrannosaura Regina ».

2 Bagarreuse arthritique

« Trix a une trentaine d’années : pas mal pour un T. rex », assure le paléontologue bruxellois. « Vu les trous de dents dans sa mâchoire, on sait qu’elle a combattu. Elle a aussi 4 côtes cassées, ressoudées. Enfin, elle a subi des maladies : une infection du museau et de l’arthrose dans les vertèbres de la queue ». Et Thierry Smith de préciser : « Ce sont des détails auxquels on ne prêtait pas attention avant, lorsque l’objectif s’arrêtait à la reconstitution de l’animal ». Trix est particulièrement précieuse pour la science puisqu’« à 75 %, c’est le 2e tyrannosaure le plus complet. Et son crâne est très peu déformé, ce qui nous donne une excellente idée d’un crâne original ».

3 Ni fossile, ni moulage

Ce n’est pas la « vraie » Trix qui vous accueille gueule béante, mais une copie. L’original est aux Pays-Bas. « Il s’agit d’une stéréolithographie : un scan de chaque os est réalisé, puis imprimé en 3D », développe Thierry Smith. « Au contraire des moulages de silicone, cette technique permet de corriger les os déformés ou d’ajouter ceux qui manquent, par symétrie. Elle autorise aussi des positions plus naturelles et variables ».

4 Adieu le lézard, bonjour la dinde

« Pour imaginer les dinosaures, on a longtemps eu la vision des crocodiles ou des lézards. On sait désormais que les oiseaux actuels descendent des dinosaures », pointe le spécialiste des mammifères contemporains ou juste ultérieurs à l’extinction des dinos. « C’est pourquoi je dis que le tyrannosaure se rapproche d’une grosse dinde de 5 à 9 tonnes : ni gracile ni léger, mais tout en musculature pour déplacer un tel poids sur deux pattes. Et qui avance relativement lentement, entre 20 et 30km/h ». Soit la vitesse d’un bon cycliste dans le trafic bruxellois : ça tombe bien, l’expo vous propose justement de défier le théropode en pédalant.

5 Le prix de Trix

Dans le cas de Trix, « l’acquisition néerlandaise s’est faite de manière légale sur une fouille d’un territoire privé. Les Pays-Bas ont versé 5 millions d’euros au propriétaire du site », relate le responsable du service paléontologie du Museum. Pour la célèbre Sue, la propriété du squelette le plus complet jamais découvert a été arbitrée par un tribunal. C’est un musée de Chicago qui remporta les enchères pour plus de 8 millions de dollars. Le record tient toujours.