La plateforme Uber a été relancée ce samedi 11 décembre à 00h01 à Bruxelles. "Des messages ont été envoyés aux clients pour l’annoncer", confirme Fernando Redondo, président de l’Association Belge des Chauffeurs de Limousine (ABCL) et figure de proue des utilisateurs de la plateforme. Qui se félicite de l’accord politique intervenu ce 10 décembre. (lire ci-dessous) "On est de retour". D’après le terrain, "les clients sont là, y a de la demande. Les Bruxellois sont restés fidèles. Je m’en réjouis pour la mobilité de nos habitués car nous sommes une solution sécurisée et fiable pour se déplacer en ville".

Même son de cloche chez Laurent Slits, directeur d’Uber Belgique. "Les chauffeurs sont soulagés. Ils étaient au rendez-vous pour le retour en ligne: ça fait plaisir à voir. Ce qui s’est passé ce vendredi soir est une étape importante. Nous pouvons reprendre la route: le but est atteint. Car ce qu’on a vu ces dernières semaines, c’est un drame: 2000 personnes qui travaillent via notre app se sont retrouvées sans revenus. Désormais, la prise de conscience politique est là".

Sentiment mitigé

L’euphorie est cependant "mitigée" chez les chauffeurs. Leur amertume vient de la limitation des autorisations à ceux qui roulaient déjà avant le 15 janvier 2021. "Nous aurions préféré que la date du 23 novembre soit prise en compte, comme suggéré par le Conseil d’État", concède Fernando Redondo, qui estime à quelque 200 confrères ceux qui sont toujours interdits de petite ceinture. "Ces licences sont bloquées sur le bureau de Vervoort". Quant au seuil minimal des 20h hebdomadaires, le représentant des LVC n’y voit aucun problème. "C’est pour rigoler: même à temps partiel, je ne connais aucun chauffeur qui travaille moins. D’autant qu’on peut y ajouter le nettoyage du véhicule, l’attente ou l’administratif".

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L’exigence désormais, c’est de rouler sur cette lancée. "Nous avons jusqu’au 3 janvier pour consulter les textes en vue du Plan Taxi", explique Fernando Redondo. "Nous espérons désormais une négociation sérieuse et une véritable consultation, pas une décision basée sur notre avis écrit".

Le professionnel est rejoint par le responsable d’Uber. Pour Laurent Slits, cette ordonnance transitoire est "une première étape. Il faut maintenant s’atteler à la réforme du secteur. Si elle était intervenue il y a 7 ans, rien de ces dernières tensions n’aurait existé". Le patron ne nie pas que taxis et chauffeurs LVC sont "des professions qui se ressemblent", et qu’elles "devraient avoir les mêmes droits et obligations et un statut unique". Et si on n’aboutit pas? "Quitter Bruxelles, ce n’est pas du tout à l’ordre du jour. J’ai hate de commencer à discuter un plan équilibré. Les taxis aussi souffrent de son absence, avec le numerus clausus trop bas et les prix trop élevés. Nos enquêtes montrent d’ailleurs que nos chauffeurs sont plus satisfaits que les traditionnels taxis".

«Une telle lenteur…»

Laurent Slits rappelle que la pétition des chauffeurs LVC pour maintenir Uber à Bruxelles a été signée par 36.000 personnes. De quoi lui faire regretter les atermoiements politiques: "une telle lenteur dans la modernisation d’un cadre réglementaire obsolète, je n’ai pas vu ça dans beaucoup de villes. 15 ou 16 pays européens ont adopté leurs législations. La Flandre l’a fait aussi: preuve que ce n’est pas si compliqué". Pour aller plus vite, Uber a-t-elle aidé à contourner les décisions judiciaires défavorables en rédigeant elle-même les textes bruxellois? Le patron lève les yeux au ciel. "Le texte passé ce 10 décembre n’est pas plus favorable à Uber qu’à un autre. Il est le fruit d’un équilibre politique, comporte du bien et du moins bien. Il nous permet de nous relancer. C’était important pour les chauffeurs".

Une ordonnance "sparadrap" remaniée en urgence

Pour rappel, la multinationale américaine a dû se déconnecter à Bruxelles depuis le jugement en appel du 23 novembre qui jugeait son système frauduleux. Uber s’est débranchée le 26 novembre et, depuis, chauffeurs LVC et taxis se succèdent dans les rues pour manifester. Les premiers pour retrouver leur outil de travail, les seconds pour implorer le Gouvernement bruxellois de respecter la décision de justice.

Ce vendredi 10 décembre en soirée, après des tensions jusque dans la majorité, le Parlement bruxellois a validé une version remaniée (dites " sparadrap 2 ") de l’ordonnance concoctée par l’équipe Vervoort. Elle permet aux chauffeurs autorisés à exercer au plus tard le 15 janvier 2021 de retourner au travail, pour autant qu’ils pratiquent au moins 20h par semaine.

D’après le secteur, une licence de taxi bruxellois se négocie entre 45.000 et 50.000€ en 2021.