À Bruxelles, la campagne #UberCestOver s'impose aussi. Plusieurs témoignages ont dénoncé des violences de la part de certains chauffeurs Uber.

Cet après-midi, nos députés bruxellois débattent au parlement de la question des violences sexuelles dans les Ubers et autres voitures avec chauffeur. Car si le phénomène a fait parler de lui aux Etats-Unis et en France en premier, il a très vite traversé les frontières et délié les langues de celles qui, jusqu'ici, n'avaient jamais parlé à Bruxelles. En effet, la campagne #UberCestOver s'impose plus que jamais dans notre capitale et révèle de nombreux témoignages qui font froid dans le dos. Explications.

Il n'y a pas moins d'une semaine, Uber a révélé que près de 6 000 agressions sexuelles ont été rapportées par des utilisateurs ou des conducteurs de son service aux Etats-Unis. En 2017 et 2018, le groupe VTC a enregistré 235 viols l'année dernière. Uber comptabilise aussi quelque 3 000 "attouchements non consensuels d'une partie sexuelle du corps" sur les deux ans. En France, plusieurs témoignages glaçants ont fait l'objet de vidéos virales dévoilées par le média Konbini. De son côté, l'influenceuse féministe Anna Toumazoff a été la première, en novembre dernier, à récolter ces témoignages. Sans plus attendre, cette dernière a lancé le hashtag #UberCestOver, grâce auquel les confessions se sont multipliées davantage. Très vite, cette jeune Bruxelloise vivant à Paris a réalisé que les violences sont partout, notamment à Bruxelles.

"C'était en été, je rentrais du centre après une soirée. Un chauffeur uber me ramène chez moi. Je n'avais plus de batterie mais il accepte de faire la course gratuitement comme il venait de déposer des gens à ma soirée", raconte June (prénom d'emprunt). "On arrive à destination et là, il reste garé devant chez moi et me demande de l'inviter à boire un verre chez moi. Je refuse gentiment et là, il pointe son doigt vers son pénis et me dit 'c'est du donnant donnant ma petite'. J'ai couru jusque chez moi et je me suis enfermée à double tour. C'est ma faute car je ne suis pas passée par l'application mais j'ai été choquée de voir qu'un chauffeur uber, même en fin de service, puisse avoir ce comportement."

Et si June n'a pas décidé d'en avertir la plateforme, Daphné a quant à elle tout fait pour dénoncer son chauffeur. "Très peu de temps après que je sois entrée dans la voiture, le chauffeur répond à un coup de fil en haut-parleur. Son interlocuteur lui a alors demandé s'il conduisait un homme ou une femme. Le chauffeur, visiblement embarrassé, a fait mine de pas comprendre et son ami, alors conscient de sa gaffe j’imagine, a répété sa question en lui demandant “C’est un H ou une F?”. Le chauffeur répond alors “C’est une S”. Peut-être qu’il a dit ça comme il aurait répondu n’importe quelle autre lettre de l’alphabet pour conclure la conversation, mais j’ai personnellement compris ça autrement (salope, selon moi). Il m'a ensuite demandé si j'avais un copain et m'a assuré qu'il m'avait déjà vue sur Tinder. Quand on est arrivé à destination, le chauffeur s’est retourné et a regardé mes jambes de façon lubrique." Tout de suite, Daphné a averti Uber de cet événement. Quelques mois plus tard, son chauffeur est toujours en ligne et reçoit de très bons commentaires. Contacté, Uber assure pourtant que "toutes les plaintes sont prises très au sérieux", et qu'"un service de soutien est disponible 24h sur 24 et 7 jour sur 7."

Trois nouvelles mesures à Bruxelles

Pour obtenir sa licence, un chauffeur de taxi doit, en plus de présenter tous les documents nécessaires, passer par de nombreux tests de sélection, de personnalité et par une formation théorique. Chez Uber, l'inscription se fait en ligne sous présentation de ses papiers d'identité, de son certificat de bonne vie et moeurs et d'un extrait de son casier judiciaire. "Il y a ici un vide réglementaire à combler. Il faut harmoniser les règles pour que tout le monde soit au même niveau et qu'on puisse assurer la sécurité pour tous les utilisateurs", explique le ministre-Président de la Région bruxelloise Rudi Vervoort (PS). Dès janvier, un projet d'arrêté sera dès lors déposé par le gouvernement avec pour objectif de renforcer les conditions d'accès des chauffeurs LVC (Location de Voitures avec Chauffeur). "Les candidats chauffeurs LVC devront répondre aux conditions d'honorabilité des chauffeurs de taxi."

Par ailleurs, le gouvernement lance un appel aux potentielles victimes d’agression sexuelle. "Je les invite à déposer plainte à l’administration publique et auprès des services de police. Le formulaire de plainte en ligne de mon administration est facilement accessible sur son site internet. Mon administration est également accessible par téléphone 0800/94-001 et e-mail", rappelle le ministre-Président. "À la différence des chauffeurs de taxi, les abus potentiels de chauffeurs LVC restent inaccessibles pour l’administration." Pour lui, déposer une plainte non-officielle via une application commerciale ne doit pas être la seule option de ces victimes.

Enfin, Rudi Vervoort appelle à la création d'un Conseil de discipline composé de magistrats pour les taxis et LVC.

"Ce qui doit être un objectif premier c’est de mettre tous les moyens en commun pour permettre à chacun de se déplacer en toute sécurité dans notre Région", conclut Rudi Vervoort.