Dans un immeuble de l’avenue Louise, nous retrouvons Philippe Billiet dans le cabinet fondé par son père. L’avocat attend avec impatience que son projet avance. "Ma belle-famille vit en Pologne, juste à la frontière avec l’Ukraine. Ils voient beaucoup de monde dans le besoin, qui cherche de l’aide." Philippe a aussi appris qu’à Zamosc (ville polonaise à 40 km de la frontière ukrainienne) des enfants handicapés n’arrivaient pas à prendre les transports pour quitter la région.

Touché par la situation de ces enfants, il décide d’agir. "J’ai d’abord voulu regrouper des familles d’accueil ici en Belgique pour informer Fedasil et les autorités locales de leur disponibilité." Débordés par l’accueil de réfugiés, ces derniers encouragent l’initiative mais ne peuvent pas l’encadrer, "ou alors cela prendrait trop de temps".

Philippe prend alors les choses en main. Avec ses contacts au Rotary club Pajottenland, il trouve les 10 000 euros nécessaires pour affréter un bus et l’aller-retour jusqu’en Pologne. Dès la semaine prochaine, il espère pouvoir aller chercher 54 réfugiés dont des enfants handicapés.

"Grâce à un membre du club, j’apprends que d’anciens bureaux sont vides à Hoboken", district d’Anvers. Le propriétaire du site accepte de mettre à disposition des locaux de 3 000 m2 jusqu’à la fin de l’année 2022. "Il prend même en charge les charges d’eau et d’électricité."

L’espace comprend plusieurs salles de bains, des cuisines, un espace pour une petite école et surtout, il est accessible aux PMR. Il accueillera les familles qui arriveront par le bus, mais aussi des réfugiés déjà présents sur le territoire. Pour le moment, rien n’est meublé.

Une collecte est organisée ce samedi

Ce samedi 19, le cabinet organise donc une collecte entre 11h et 14h au local (Sint-Bernardsesteenweg au numéro 552 à Hoboken). Philippe espère y récolter des lits, armoires, tables et bureaux, mais aussi des produits d’hygiène. L’avocat souhaite également lancer un appel aux étudiants de la VUB qui parlent ukrainien pour les aider dans les traductions.

Une centaine de personnes ont déjà assuré participer à cette collecte selon Emilie Temmerman, assistante de direction, qui passe maintenant "80 %" de son temps à gérer tout ce projet. "On a déjà une quinzaine de demandes de familles ukrainiennes et nous avons posté l’annonce il y a seulement deux jours."

Si l’ensemble des membres du cabinet suit l’initiative de Philippe, c’est aussi parce que l’une d’entre eux est particulièrement impactée par la guerre. Arrivée pour un stage chez Billiet&Co en janvier, Kate (24 ans) est originaire d’une région de l’est de l’Ukraine entre la Crimée et le Donbass. "Mon père est juge et travaille encore là-bas, ma mère a été réquisitionnée dans l’ouest puisqu’elle travaille pour le gouvernement. Ils ne peuvent pas quitter le territoire, mais ma petite sœur si". Lesia, 14 ans, est arrivée il y a trois jours à Bruxelles.

Kate termine son stage en avril : "Je ne sais pas encore ce que je vais faire. En attendant, je vais aider le plus possible. J’ai été touchée par l’aide qui s’organise ici et je me sens soutenue. Moi je parle russe, anglais et ukrainien, je pourrai au moins aider à la traduction […]. Ma ville d’origine est plutôt calme. Mais il n’y a pas de ‘safe place’. Ce mercredi, il y a eu pour la première fois une explosion dans la gare de ma ville."