La famille est installée en Belgique depuis onze ans et est parfaitement intégrée. Les soutiens se multiplient pour qu'elle puisse rester en Belgique.

Le lundi 9 décembre 2019, vers 6 heures du matin, la police a arrêté une famille brésilienne à son domicile de Rhode-Saint-Genèse, en périphérie bruxelloise. Cette famille composée d’un couple et de trois enfants de 4, 6 et 11 ans était installée depuis 11 ans en Belgique. D’abord à Saint-Gilles, et depuis six mois à Rhode-Saint-Genèse.

Après avoir été interrogée sur place, la famille a été transférée dans un centre ouvert situé à Zulte, en province de Flandre-Orientale. La police a déclaré que cette situation serait d’application en attendant leur expulsion vers le Brésil.

Depuis lors, les soutiens se multiplient afin de venir en aide à cette famille qui, selon les témoignages, est bien intégrée en Belgique. Un comité de soutien a d’ailleurs été mis en place. "Il existe un certain nombre d’éléments graves dans cette affaire qui suggèrent que cette expulsion ne peut être justifiée", explique Philippe Gottenbos, membre du comité de soutien de la famille.

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Il insiste sur le fait que la famille est bien intégrée, que les parents parlent le français, disposent tous les deux d’un emploi fixe. Leurs trois enfants nés en Belgique parlent le français et le néerlandais. L’aîné de 11 ans est scolarisé à l’école Notre-Dame de la Consolation dans la commune d’Uccle, tandis que les deux plus jeunes sont scolarisés à l’école Saint-Victor, dans la commune de Beersel. "Il s’agit d’une famille qui paie correctement ses impôts, sa sécurité sociale et qui est entièrement indépendante et responsable de l’éducation et la scolarité de ses enfants", précise Philippe Gottenbos.

L’avocat radié pour faux et usage de faux

L’arrestation survenue le 9 décembre dernier aurait été assez musclée. La raison invoquée de cette arrestation : le permis de séjour du papa pose problème. "Il faut savoir qu’il a travaillé au Portugal pour une firme brésilienne et ensuite alternativement au Portugal et en Belgique. Il a demandé la nationalité portugaise et a confié son dossier à un avocat portugais. Celui-ci lui a fourni une carte d’identité portugaise après quelques années et le papa s’est servi de cette même carte d’identité pour son mariage et pour l’inscription de sa famille à l’administration communale de Rhode-Saint-Genèse. Il s’est avéré que ce document est un faux et que, d’après les informations dont nous disposons, l’avocat portugais du papa a été radié de l’Ordre des avocats pour faux et usage de faux. La bonne foi du papa est difficilement contestable et il est donc une victime de manœuvres frauduleuses contrairement à ce qu’a cru déceler l’Office des Etrangers. Depuis lors, en concertation entre les autorités belges et portugaises, des actions sont en cours pour mettre ses papiers en conformité", poursuit-il.

Dernier fait en date : le 7 janvier dernier, le papa de la famille a contacté le comité de soutien suite au passage de l’assistante sociale employée auprès de l’Office des Etrangers. Celle-ci l’a informé qu’il serait expulsé d’ici peu vers le Brésil et lui a demandé de signer les documents de départ volontaire "afin de ne pas rendre son cas plus difficile qu’il ne l’était déjà."

Une aberration, selon Philippe Gottenbos. "Pour rappel, le rôle de l’assistante sociale est de venir en aide à des personnes ou groupes de personnes qui rencontrent des difficultés économiques, administratives, familiales, professionnelles, de logement, de santé, sociales ou psychologiques. Aussi, nous nous insurgeons contre cette pratique de "jeu de rôle" que joue cette assistante sociale qui outrepasse clairement sa fonction et son rôle. Il s’agit ici de pratiques d’une autre époque que nous ne pouvons accepter."

Aujourd’hui, il lance un message à la ministre en charge de l’Asile et de la Migration Maggie De Block (Open VLD). "La maman a besoin d’une surveillance médicale permanente et la prise régulière de médicaments. Il est également important que les enfants retournent à l’école car le droit à l’instruction est un droit fondamental. Nous demandons donc aux autorités belges, dans l’attente de la procédure juridique en cours de ce dossier, de permettre à cette famille de réintégrer son lieu de résidence."

“Une situation qui n’est pas anodine”

Cette problématique va s’inviter à la Chambre suite à une question orale de la députée Défi Sophie Rohonyi, qui va interpeller la ministre en charge de l’Asile et de la Migration Maggie De Block (Open VLD). “Nous avons été interpellés au conseil communal par le comité de soutien de cette famille brésilienne. Cette situation n’est pas anodine. Elle est vécue par des centaines de familles qui, chaque année, se voient menacées d’expulsion vers un pays avec lequel elles n’ont pas ou plus aucun lien, au contraire de la Belgique où elles sont parfaitement intégrées. Considérez-vous que ces familles doivent nécessairement être privées de logement, de travail et d’école pendant l’examen de leur procédure d’expulsion, a fortiori lorsque l’arrestation est contestée en justice comme c’est le cas en l’espèce ? Vous disposez en tout cas d’un pouvoir d’appréciation permettant à cette famille de rejoindre leur domicile, de permettre aux enfants de reprendre l’école et de permettre aux parents de reprendre leur travail. A défaut, la famille est privée de moyens de subsistance, ce qui est inacceptable”, fustige-t-elle.