Un millier de personnes, essentiellement des femmes, sont rassemblées dimanche depuis 15 heures au Mont des Arts à Bruxelles pour protester contre l'arrêt de la Cour constitutionnelle donnant raison à un établissement d'enseignement supérieur qui entend interdire à ses étudiants de porter des signes manifestant une appartenance philosophique ou religieuse.

"Touche pas à mon foulard, touche pas à mes études”. 

C’est sous ce slogan scandé à maintes reprises ce dimanche qu’au moins un millier de personnes (2400 selon les organisateurs) se sont rassemblées sur l’esplanade du Mont des Arts. Les participants, des femmes en grande majorité, ont tenu à se mobiliser pour protester contre l’arrêté de la Cour constitutionnelle qui a donné raison, le 4 juin dernier, à la Haute école Francisco Ferrer de la Ville de Bruxelles, lui octroyant le droit, pour rencontrer les objectifs de neutralité, d’interdire à ses étudiants de porter des signes manifestant une appartenance philosophique ou religieuse, notamment un couvre-chef.

“Nous sommes rassemblés aujourd’hui pour frapper sur la table et dire que trop, c’est trop !”, fustige Mustapha Chairi, président du Collectif Contre l’Islamophobie en Belgique. “À force de vouloir des sociétés d’un autre temps, on en arrive à briser le rêve de centaine de milliers de femmes majeures qui font des régressions sur les libertés fondamentales. On leur confisque leurs rêves suite à l’arrêté rendu par la Cour constitutionnelle. Si la loi est mal faite, ce sont les politiques qui doivent la rééquilibrer pour inclure l’ensemble des citoyens de ce pays pour former une société apaisée. Le vivre-ensemble n’est pas qu’un slogan !”

Une des principales craintes des manifestants rencontrés ce dimanche est que cette décision s’applique à l’ensemble des établissements scolaires. “On ne se taira pas jusqu’à ce qu’on soit entendues ! Nous sommes épuisées. Le problème de l’arrêté rendu par la Cour constitutionnelle, c’est qu’il pourrait être appliqué à d’autres écoles et on veut faire tout ce qui est en notre possible pour que cela n’arrive pas”, explique Allach Soumaya. “L’éducation, tout le monde doit y avoir droit alors pourquoi l’interdire à certaines filles qui portent un foulard ? C’est ça une société démocratique ? Selon nous, il s’agit d’un cas de discrimination car on se base sur un seul critère pour interdire l’accès à l’éducation.”

Le collectif de femmes s’est installé sur les marches du Mont des Arts, portant la coiffe des diplômés et le foulard pour protester contre ce qu’elles vivent comme une mesure d’exclusion affectant une part de la population. “Neutralité n’est pas exclusion”, pouvait-on notamment lire sur les pancartes qu’elles arboraient.

Pour mémoire, les ministres francophones du gouvernement bruxellois se sont toutefois prononcés, dans leur accord de majorité, pour une levée de l’interdiction du port de signes convictionnels pour les étudiants de l’enseignement supérieur et de promotion sociale pour la rentrée 2020.

La manifestation s’est tenue de 15h à 17h. Un vaste dispositif policier a été déployé aux alentours du Mont des Arts pour prévenir tout débordement. Des stewards arborant des gilets orange étaient présents pour être les “yeux” des policiers et rapporter tout risque d’incident. La manifestation s’est clôturée dans le calme peu après 17h.