Up ! C’est le nom du plan de redéploiement de l’Agence Bruxelles-Propreté (ABP) présenté ce mercredi matin au Parlement bruxellois. Composé d’une centaine d’actions, il vise à améliorer l’efficacité et à transformer la culture d’entreprise de l’agence régionale. Connue pour son nombre élevé de collectes (le sac blanc est ramassé deux fois par semaine, les autres une fois), elle l’est moins pour ses résultats sur le terrain, en témoignent les rues de la capitale, régulièrement jonchées de déchets, y compris après le passage des camions-poubelles. Les audits évaluant la situation interne de l’ABP sont par ailleurs unanimes : il existe un problème structurel de gouvernance, avec une direction nommée à vie et sans aucune stratégie de propreté ni d’évaluation des travailleurs.

Pour en finir avec cela, Alain Maron (Ecolo), ministre en charge de l’ABP, annonce l’introduction de mandats de cinq ans renouvelables une fois au sein de la direction générale et adjointe. "La Région va lancer avant l’été l’appel à candidature pour ces postes. Les candidats sélectionnés par un jury indépendant devraient entrer en poste de manière effective début 2022. Ces mandataires seront évalués à la moitié et à la fin de leur mandat, comme le veut le fonctionnement normal de la fonction publique régionale." Comme le suggérait l’un des audits, un nouvel organigramme d’entreprise est par ailleurs en construction au sein de l’agence pour restructurer ses différents services.

Autre ligne directrice : l’ABP veillera à être un employeur exemplaire œuvrant à la sécurité et aux bien-être de ses travailleurs. Alain Maron entend notamment renforcer la diversité et la féminisation du personnel de Bruxelles-Propreté, y compris dans les fonctions de management. Pour ce qui est de la sécurité du personnel, le ministre évoque des actions de sensibilisation mais ne se prononce pas clairement sur la politique du fini-fini, ce mécanisme qui permet aux éboueurs de quitter le travail après la fin de leur tournée dès que deux tiers des collectes sont effectuées. Conséquence : les travailleurs se dépêchent, ce qui augmente les risques d’accidents de travail et l’absentéisme.

"L’ampleur du fini-fini résulte en partie de la fréquence et du type de collectes. Pour nous, il faut surtout encadrer cette pratique pour en limiter les effets pervers. A terme, le but est que l’ABP ait des niveaux de productivité comparables aux autres services publics." Une réforme des collectes est ainsi prévue afin de renforcer le tri et diminuer le nombre de déchets. D’ici 2023, le sac orange, pour les déchets organiques, sera obligatoire. En accompagnant les citoyens dans le tri de leurs déchets et en les invitant à en produire le moins possible, la Région réduire progressivement la production de déchets dans les années à venir, permettant le passage à une seule collecte hebdomadaire.

Cette vision de la gestion des déchets à l'horizon 2030 suppose un changement des pratiques et donc des mentalités, ainsi qu'un processus de concertation sociale avec les syndicats. Députés bruxellois et échevins de la Propreté se sont réjouis de cette volonté de changement et de transparence. Ils ont cependant regretté l'absence de détails concernant la manière dont ce plan sera rendu opérationnel et sur son impact financier, l'ABP étant actuellement en déficit. Le flou règne aussi par rapport à l'avenir des travailleurs de Bruxelles-Propreté, beaucoup trop nombreux selon les audits. En commission, le ministre a assuré qu'aucun emploi n'était menacé mais précédemment, il a indiqué que certains contrats à durée déterminée ne seraient pas reconduits.

Pour le délégué syndical CGSP David Leirsberghe aussi la situation reste très floue. "C’est très perturbant pour nous qu’une nouvelle direction, qui ne connaît pas les dossiers en cours, arrive prochainement. On sait que le fini-fini pose problème mais Bruxelles est un territoire très dense avec un trafic très important. On veut bien une nouvelle organisation mais il faut trouver un juste milieu. Pour ce qui est du personnel, on se demande ce qu’on va en faire si les équipes actuellement constituées d’un chauffeur et de trois chargeurs passent à deux voire un seul chargeur. On a déjà travaillé avec une seule collecte de sacs blancs mais il faut convaincre la population de trier correctement et de réduire ses déchets. Si le ministre y arrive, c’est très bien mais on n’y croit pas trop, on risque surtout d’avoir des dépôts clandestins."