Un espace de rencontre permettant aux femmes de partager les discriminations liées à leur condition féminine, dans un cadre bienveillant. C'est le projet lancé par Salwa Boujour. "Mon mémoire portait sur les violences contre les femmes journalistes. En le rédigeant, je me suis rendu compte à quel point les femmes subissent des violences symboliques, sexuelles, salariales, etc. Je reçois également de nombreux témoignages via mon compte Instagram. Les récits ont des points communs, comme le sentiment d'isolement que ressentent les femmes, explique-t-elle. Alors quand j'ai entendu parler du concept de safe space, je me suis dit qu'il était indispensable d'en créer un à Bruxelles."

L'objectif : favoriser une santé mentale positive. "Arriver quelque part et dire qu'on va mal n'est pas accepté dans notre société. Ici, elles peuvent parler de tout en sachant qu'elles seront écoutées et respectées." Lancées juste après le confinement, les séances se déroulent à Molenbeek, dans les locaux de We love Bxl, espace de co-working et d'événements. "Cette année a été très dure pour beaucoup de monde. Le déconfinement était donc le moment idéal pour lancer le projet."

Des fauteuils confortables et de la nourriture pour briser la glace, Salwa veille au grain. "Le cadre est très important ! Je ne voulais pas qu'on soit autour d'une table. Là, c'est comme si je les invitais dans mon salon." Sexualité, religion, relations familiales ou professionnelles : les sujets abordés lors des séances varient selon les besoins des participantes.  Salwa, elle, joue le rôle de la médiatrice. "Grâce à ma formation de journaliste, je sens les sujets sur lesquels il faut relancer. Je veille ainsi à ce que le flux de parole soit continu et à ce que chaque participante ait l’occasion de s’exprimer." 

A 18 ans, Narjisse craignait de ne pas correspondre au public-cible du projet. "Je pensais que les femmes parlent de ce qu’elles subissent au travail ou en tant que mère et j’avais donc peur qu’il y ait un décalage. Au final, je me retrouve dans beaucoup de leurs histoires. On parle de harcèlement de rue, de micro-agressions racistes, de conflits familiaux, etc."

Venue uniquement "pour voir", la jeune femme se sent rapidement en confiance. "Ce qui m’a fait rester, c’est l’ambiance qu’il y a dans le cercle : c’est super safe, on n’est pas obligées de parler mais on en a envie. C’est comme une séance de psy mais en mieux !" A tel point que le groupe dépasse une fois le temps imparti de… deux heures. "On est restées quatre heures au lieu des deux habituelles et personne ne s’en est rendu compte !", s’exclame Narjisse. "Une véritable synergie s’est créée ce jour-là, c’était beau", commente Salwa.

Après le succès de cette première édition, la jeune femme en lance aujourd’hui une deuxième. Les séances se dérouleront dans les locaux de We love Bxl les vendredis de 18h à 20h. L’occasion pour de nouvelles participantes de découvrir le projet mais pas seulement : "En visibilisant mon projet, j’espère pousser d’autres personnes à créer leur propre safe space en fonction de leurs besoins : en néerlandais, en arabe, pour hommes, pour personnes homosexuelles, etc. On a besoin de plus d’endroits bienveillants à Bruxelles."