Une vingtaine de personnes étaient réunies devant la tour de logements sociaux située au 19 rue du Vallon à Saint-Josse, ce vendredi après-midi. Elles dénonçaient l’expulsion d’une famille de cinq enfants. Selon le Front anti-expulsion, ce foyer paie le prix fort pour avoir témoigné de l’insalubrité des logements sociaux dans lesquels ils vivaient, il y a huit mois à nos confrères de BX1 et à la Dirl (Direction de l’inspection régionale du logement). Une procédure qui a impliqué le relogement de la famille dans un nouveau logement social, car l’appartement avait bien été déclaré vétuste par des experts.

"Suite à cette nouvelle, HBM (la société gestionnaire des logements sociaux tennoodois, NDLR) introduit une requête en justice de paix en constituant un gros dossier à charge contre la famille, notamment pour remettre la faute de l’insalubrité sur la famille. Durant l’été 2022, la justice de paix donne raison à HBM et ordonne l’expulsion de la famille Ben Haddou, qui doit donc quitter le logement dans lequel elle avait été relogée", explique dans un communiqué le Front anti-expulsion. Aujourd’hui, la famille Ben Haddou n’a eu d’autre solution que de retrouver un logement privé, trois fois plus cher.

Seulement voilà, HBM a envoyé un courrier recommandé à la famille lui demandant également de s’acquitter des frais de justice s’élevant à plus de 6 000 euros. "J’ai payé un loyer de 600 euros pendant neuf ans et un mois, j’ai cinq enfants qui tombaient malades à cause de l’état de l’appartement, on se fait expulser deux fois et aujourd’hui j’ai 6 700 euros d’amende", tonne le père.

Au cours de l’action menée dans les rues de Saint-Josse, les manifestants rencontrent l’échevin du Logement Philippe Boïketé (PS). "Mon devoir de réserve ne me permet pas d’évoquer les situations personnelles. Ce que je peux dire, c’est qu’une expulsion est souvent le non-aboutissement d’un long processus d’accompagnement et de conciliation." Contactée, l’agence publique n’a pas souhaité se prononcer publiquement, ni à ouvrir aux membres du Front anti-expulsion et au père de famille venus demander à discuter devant leur porte, à deux pas de leur logement social.

Le Front dénonce un système de logement et de justice inadéquat, et craint l’expulsion de centaines d’occupants de logements sociaux, "dont un grand nombre de personnes sans papiers en lutte pour leur régularisation", après la fin du moratoire, le 31 mars.

Sylvain Anciaux