"Si dans un quartier, il y a entre 25 et 30 contaminations détectées et qu'il y a beaucoup de commerces dans ce quartier, le bourgmestre pourra mettre sur pied une campagne de sensibilisation ciblée auprès de ces commerçants, explique Patrick Van der Kar, manager de crise à la Cocom (Commission communautaire commune). Voilà l'utilité de cette application."

L'application dont parle ce gestionnaire de crise, recruté début mai pour faire le lien entre le Cocom, les communes et les entreprises bruxelloises dans la lutte contre le Covid, est la tour de contrôle du Zorgatlas (atlas des soins) mis en ligne par les autorités flamandes.

"L'application est développée par nos homologues flamands et nous avons eu l'accord pour développer leur système à destination de Bruxelles", précise Patrick Van der Kar.

A la demande des bourgmestres bruxellois, depuis le 10 novembre, les communes bruxelloises font donc aujourd'hui partie de cette tour de contrôle. Les bourgmestres se connectent et peuvent voir dans leur commune, de manière plus précise, les secteurs les plus affectés. "Avant nous leur faisions parvenir l'information via des fichiers excel ou des pdf, précise le gestionnaire de crise de la Cocom. Cette application leur offre un outil supplémentaire, un certain confort de suivi. Ils peuvent y aller quand ils veulent".

"C'est un bon support, reconnaît le bourgmestre d'Evere Ridouane Chahid (PS). Nous sommes informés plus précisément des secteurs touchés. A partir de lundi, on utilisera cet outil à Evere. On va refaire des campagnes de sensibilisation en fonction des différents lieux qui concentrent le plus de cas."

Pour Vincent De Wolf, bourgmestre MR d'Etterbeek, l'application ne répond pas à ses attentes : "Je me suis battu pendant trois mois pour avoir quelque chose de précis mais quand j'ouvre Etterbeek sur la plateforme, je ne trouve pas d'élément concret. Il y a une carte avec des couleurs. La couleur est plus intense par endroit mais ce n'est pas identifiable. Par exemple je vois qu'à La Chasse et il y a plus de contaminations qu'à Tervueren mais je fais quoi avec ça ? Ce n'est pas assez précis. Par exemple, il y a trois barres d'immeubles de logements sociaux avenue Général Henri. Si j'étais informé que les contaminations sont plus importantes à cet endroit je pourrais mettre un périmètre de sécurité, surveiller les mises en quarantaine. Là, je ne sais rien faire. C'est dommage."

Et de poursuivre : "Les clusters ne sont pas assez identifiés. Par exemple, il y a des années, j'ai eu connaissance d'un cas de méningite dans une école. J'ai pu prendre des mesures par rapport à cette école en particulier."

Didier Gosuin (Défi), bourgmestre d'Auderghem a présenté l'application à la première échevine vendredi. "C'est un meilleur outil que les pdf, reconnaît le bourgmestre. C'est plus complet. Il y a des exemples de lieux, des mini-clusters. On voit les évolutions dans le temps, les tranches d'âge. Avant, avec les données brutes, on ne savait rien faire."

Quelques bémols tout de même pour le bourgmestre : "Cela ne m'apprend pas grand chose. Les quartiers les plus touchés sont aussi ceux les plus densément peuplés. Il n'y a pas beaucoup de surprises sur les clusters, c'est souvent là où se trouvent les écoles ou les homes. Et ça je le savais déjà."

Et d'ajouter sur le traçage des personnes contaminées: "Le tracing reste bancal. Il est, je pense, très incomplet. Les personnes interrogées n'auraient côtoyé qu'une seule personne. Ce n'est pas très crédible." 

Didier Gosuin conclut : "C'est un peu lent et il y a des choses à améliorer mais nul n'est parfait. Cela donne quand même une vision dynamique de la situation."