À l’horizon 2020, l’offre de free-floating atteindra 10 200 véhicules à Bruxelles.

Une violente collision entre deux trottinettes électriques a eu lieu jeudi soir à hauteur du carrefour entre la chaussée d’Ixelles et la rue du Prince Royal, à Ixelles. Un jeune a été emmené inconscient à l’hôpital mais est finalement hors de danger. L’autre conducteur de trottinette âgé de 42 ans a été interpellé et a refusé de se soumettre à un test d’alcoolémie. Il a été privé de liberté.

Ce type d’incident entre des utilisateurs de véhicules partagés est de plus en plus fréquent à Bruxelles. Il s’explique logiquement par la hausse soudaine et massive du nombre d’engins partagés proposés. La situation risque de rapidement empirer. Selon les projections de Bruxelles Mobilité, 10 200 véhicules partagés se côtoieront dans les rues de la capitale à l’horizon 2020 (voir infographie).

Ces modes de transport alternatifs ont la cote parmi les Bruxellois. Néanmoins, force est de constater que nos voiries ne sont pas prêtes à accueillir autant de nouveaux opérateurs. Résultat : ces engins partagés destinés à offrir une alternative à la voiture risquent d’engendrer l’effet inverse de celui recherché, en débouchant sur une hausse d’accidents impliquant des usagers faibles.

© D.R.

Une campagne visant à rappeler le code de la route

Pour Benoît Godart, porte-parole de Vias, l’institut belge de la sécurité routière, ce phénomène n’a pas du tout été anticipé par les autorités publiques qui se retrouvent aujourd’hui dépassées par le phénomène. "Historiquement, la voiture a toujours été la reine de l’espace public. Il y a quelques années, il n’y avait aucune piste cyclable en région bruxelloise et tout d’un coup, on voit l’arrivée massive de nouveaux acteurs dans des voiries qui ne sont pas adaptées pour les accueillir. Les discours politiques font la part belle à la mobilité douce mais la réalité bruxelloise est bien différente", explique le spécialiste.

"Les infrastructures ne suivent pas. Prenons un exemple concret avec la rue de la Loi. La piste cyclable y est trop étroite et se trouve trop près du trottoir. Donc, si en tant que piéton on s’approche un peu trop de la piste cyclable, on se fait happer par un vélo ou une trottinette. Il faudrait donc, dans les mois qui viennent, reprendre une bande de circulation de la rue pour en faire une piste cyclable digne de ce nom, et de préférence séparée physiquement du trottoir."

Selon lui, la mobilité douce et les nouveaux modes de transport sont inéluctables dans une ville comme Bruxelles. Il convient donc de mettre les bouchées doubles en matière de réaménagement de voirie afin d’éviter une asphyxie de Bruxelles sous les engins partagés. "Il y a encore beaucoup de progrès à faire et cette question sera centrale au niveau de la politique de mobilité et de sécurité routière de la prochaine législature", poursuit notre interlocuteur.

Enfin, Vias va mettre en place une campagne visant à rappeler les règles du code de la route car de nombreux usagers d’engins partagés ignorent les règles à respecter. "Il est fréquent de voir des speed pedelec, donc des véhicules électriques qui peuvent atteindre 45 km/h, circuler sur des pistes cyclables, or il y a certaines pistes qui sont partagées avec les piétons et on constate que les usagers ne comprennent pas toujours les panneaux de signalisation, ce qui peut déboucher sur des accidents", conclut Benoît Godart.