Harcèlement, discrimination à l’embauche et plafond de verre : les violences liées au genre sont nombreuses. Les conditions sanitaires dans lesquelles nous visons depuis le mois de mars en ont amplifié certaines, dont les violences conjugales et intrafamiliales.

Alors que la demande d’aide et d’accompagnement était déjà élevée par rapport aux places d’hébergement disponibles à Bruxelles, le nombre de demandes d’urgences a augmenté pendant le confinement. "Des femmes se sont retrouvées en grand danger et sont parvenues à faire passer leur demande via la police, leur médecin, les services d’urgence ou les maisons d’accueil, qui sont toutes à saturation", explique Yamina Zaazaa, codirectrice du Centre de prévention des violences conjugales et familiales.

Le centre d’accueil pour femmes du Samusocial et l’hôtel bruxellois pour femmes battues ont permis d’accueillir une partie des femmes dans le besoin. Mais les deux structures ont rapidement atteint leur pleine capacité. "L’hôtel dispose de cinquante places, ce n’est pas suffisant. On n’a pas désempli depuis le premier le confinement." Ouvert en avril, il a hébergé 43 familles, dont 72 enfants.

Une situation critique face à laquelle les structures d’accueil se retrouvent à hiérarchiser les violences. "On est malheureusement obligés de comparer la dangerosité des situations. On peut réorienter celles qui subissent des violences moins dangereuses mais certaines ont besoin d’une adresse confidentielle et d’un accompagnement spécifique, ce qui manque cruellement à Bruxelles. Quand la violence peut être réactivée, on est aussi très prudent. On préfère garder ces femmes à l’hôtel mais cela ne permet pas d’en accueillir d’autres."

Code "masque 19", ligne d’écoute : la Région et les communes ont tenté de lutter contre l’aggravation de ces violences. Une bonne volonté pourtant insuffisante face au manque d’aides structurelles, estime Yamina Zaazaa. 

"La ligne d’écoute 0800 30 030 a reçu trois fois plus d’appels que d’habitude mais pendant le confinement, le ralentissement des services administratifs a rendu l’accompagnement social des victimes très difficile. Sur certains points, les communes ont toutefois été efficaces. Par exemple, en ne radiant pas la victime du domicile conjugal ou en ne lui retirant pas ses aides du CPAS. Quant au code qui permet d’alerter les pharmaciens sur les violences subies, c’est une bonne idée mais il faut être plus clair sur ce qu’on attend des pharmaciens. Ils ne connaissent pas forcément la bonne façon d’intervenir et doivent donc être sensibilisés à cette problématique."