Mission persuasion pour Philippe Close (PS) venu à la rencontre d’une cinquantaine de riverains inquiets, hier soir au Palais du Midi. Objectif : les convaincre du bien fondé de la salle de consommation à moindre risque qui verra le jour dans leur quartier d'ici la fin de l'année. Le bourgmestre bruxellois s’était accompagné des porteurs du projet, président du CPAS, de la police, mais aussi (et surtout) des représentants de l’ASBL Transit et de Bravvo. Après deux heures de débats, les deux clans se quittent dos à dos, et se sont promis de vives discussions pour les mois à venir.

L’ambiance était directement tendue dans la salle, il faut dire que les organisateurs ne se sont pas facilité la tâche. "On a reçu l’invitation pour cette rencontre hier dans notre boîte aux lettres", se plaint un riverain. D'autres pointent d’ailleurs directement du doigt le manque de communication global autour du projet. "On ne nous a jamais demandé notre avis, on a été mis sur le fait accompli", s’énerve un voisin direct du futur dispositif. De la communication, c’est peut-être ce qui aurait apaisé les âmes sur cet épineux sujet. Les habitants du quartier s’inquiètent à deux égards : l’augmentation du trafic de drogue dans le quartier et les nuisances que les consommateurs provoqueront. Deux aspects sur lesquels Philippe Close et l’équipe qui l’accompagnait ce mercredi avaient pourtant des éléments de réponse.

"Les dealers vont faire commerce autour de la salle"

Sur sa gauche, le maïeur bruxellois était accompagné de Christian Raes, commissaire de police de la zone. Ce dernier a expliqué clairement qu’un dispositif serait mis en place afin d’éviter que le quartier ne devienne un point de vente où les consommateurs se fourniraient avant de se rendre à la salle. "Le gouvernement bruxellois a pris une disposition légale pour avoir une approche spécifique à propos de la salle. Il y a des indications judiciaires répressives spécifiques pour casser les dealers qui entoureraient le quartier." 

Si un consommateur est contrôlé aux alentours de la salle avec une substance, il ne sera pas inquiété judiciairement et sa substance ne sera pas confisquée. En revanche, l’officier comme le bourgmestre promettent qu’une présence policière sera assurée dans le quartier, les dealers n’y feront pas long feu selon les officiels.

Ensuite, et c’est là que la presque totalité des riverains s’accordaient, les toxicomanes sont des vecteurs de troubles à l’ambiance du quartier. Au milieu de plusieurs invectives, un doyen prend la parole pour apaiser les débats : "Je n’ai rien contre les toxicomanes, ils sont malades et je leur souhaite un bon rétablissement. Mais j’ai peur qu’un rassemblement n’empire la situation dans le quartier." Une idée que Philippe Close coupe nette.

"Ils sont déjà dans le quartier, notre objectif ici est de sortir ces scènes de consommation de l’espace public", comme à Liège, où un dispositif similaire a empêché la prise de 20 000 doses en un an. Les habitants du quartier soulignent que ce n’est pas résoudre le problème à sa racine. Pourtant, le projet s’appelle "gate", comme une porte d’entrée vers la guérison pour les personnes malades. Une guérison qu’elles trouveront à travers l’aide médicale, sociale et psychologique des 23 équivalents temps-plein qui porteront ce projet, onéreux d’un million et demi d’euros.