Une histoire d’amour entre un jeune Molenbeekois et une fille de Woluwe va se jouer ce mardi au W:halll.

La comédie musicale East Side West Side Story 2 date de 2014. Pourtant, elle n’a jamais autant été d’actualité. Ce mercredi, elle revient au centre culturel de Woluwe-Saint-Pierre, le W:halll, pour une nouvelle représentation. "En deux ans, le monde a changé. Les attentats de Bruxelles ont globalement creusé le fossé des préjugés entre les quartiers de la Région bruxelloise. Nous avons donc voulu casser les images en programmant cette comédie musicale", indique Caroline Persoons (Défi), échevine de la Culture de la commune.

C’est que la pièce aborde des thèmes complexes et extrêmement contemporains, comme le rejet de l’autre. Mais East Side West Side Story 2, à l’image de la comédie dont elle s’inspire, c’est avant tout une histoire d’amour impossible dans un monde injuste et morcelé. "À Bruxelles, le canal symbolise un peu cette frontière, cette division sociale", affirme Samir Bendimered, directeur artistique de cette production made in Molenbeek.

Les 25 comédiens qui joueront mercredi viennent en effet de l’atelier Opéra de la Maison des Cultures à Molenbeek. C’est d’ailleurs Dirk Deblieck, le directeur de l’institution qui a eu l’idée d’une comédie musicale. "On se dit que l’opéra, c’est dur mais dans ce genre de spectacles, il faut pouvoir danser, chanter et jouer. Beaucoup ont dû apprendre l’un ou l’autre", explique Samir Bendimered.

Élodie Dianka a rejoint la troupe en 2015. Pour elle aussi, l’apprentissage fût long. "J’étais danseuse et je connaissais la musique donc quand Grazziella Boggiano, la metteuse en scène, me l’a proposé, je me suis lancée. En revanche, la comédie n’était pas vraiment mon domaine mais j’ai pu m’améliorer", raconte la jeune femme.

Originaire d’Ixelles, l’expérience lui a apporté bien plus que de nouvelles compétences. "J’ai découvert Molenbeek et des gens magnifiques. Et puis en travaillant, on apprend à passer outre les différences et à s’oublier soi-même pour se mélanger aux autres et ne faire plus qu’un sur scène", confie Dianka.

Avec cette comédie musicale, tous espèrent briser les préjugés et encourager le vivre ensemble. Un vivre ensemble qu’ils ont pu eux-mêmes expérimenter lors de leurs répétitions. "Il faut être tolérant, patient et solidaire, en cas d’erreur, pour se remettre très vite au travail et obtenir une synchronisation parfaite." Comme dans la vie, en somme.

© JC GUILLAUME


Des représentations sold out à Molenbeek

Si la comédie musicale est encore inconnue du territoire Sanpétrusien, elle a en revanche eu énormément de succès par-delà le canal, à Molenbeek-Saint-Jean, dont elle est issue. "Nous y avons joué 10 fois et chaque spectacle était sold out", affirme Samir Bendimered.

Pourtant, la troupe a connu des périodes très dures après les attentats, notamment ceux de Paris. "C’était le samedi qui suivait les attaques. Il y avait le lockdown à Bruxelles, mais on est quand même allé répéter. À un moment, c’est vrai qu’on s’est dit qu’on allait annuler le spectacle, vu le contexte, mais le public est venu, malgré tout, et de partout", assure le directeur artistique.

Élodie Dianka renchérit : "Au début de chaque représentation, on demandait au public de quelle commune il venait et on était surpris de retrouver une belle diversité dans la salle." Pour le directeur et compositeur, le pari était donc gagné. "Symboliquement, c’est génial, parce qu’on brise un mur", s’enthousiasme-t-il. Il espère désormais que la magie opère à Woluwe-Saint-Pierre, où il reste d’ailleurs quelques places.