Boucle du Hainaut : le Ministre Borsus n’a toujours pas rencontré son homologue flamande

Pour le député François Desquesnes, ce silence radio de la Ministre flamande est plus qu’inquiétant compte tenu de l’importance de dialoguer dans le dossier.

F.D.
Boucle du Hainaut : le Ministre Borsus n’a toujours pas rencontré son homologue flamande
©BELGA

Depuis la présentation du rapport Bekolo en février dernier au Parlement wallon, le projet de Boucle du Hainaut s’est fait fort discret. Que se cache-t-il derrière ce calme apparent ? C’est ce que le Député wallon François Desquesnes a voulu savoir en interrogeant cette semaine le Ministre Borsus au Parlement de Wallonie.

Le dossier de la Boucle du Hainaut suscite beaucoup d’inquiétude dans le chef des citoyens habitant à proximité du tracé prévu dans le projet. Depuis plus de 18 mois, ELIA défend bec et ongles son projet sans ouvrir la moindre fenêtre de dialogue. Pendant tout ce temps, les citoyens ne sont pas restés au balcon. Organisés au sein du groupement citoyen "REVOHLT", ils ont formulé des alternatives au projet d’ELIA s’appuyant sur la technologie du courant continu, nettement moins impactante pour la santé, l’environnement et l’impact sur le territoire.

Dans ce dossier, plusieurs études, expertises et contre-expertises ont été menées. La dernière, celle de Mme Bekolo, comprend au moins une conclusion sur laquelle tout le monde s’accorde : le projet Boucle du Hainaut est indissociable de celui qu’ELIA défend en Flandre, "Ventilus", qui vise à relier la Mer du Nord à Avelgem. Il ne s’agit en réalité que d’un seul et même projet décomposé en deux dossiers administratifs. Le 21 décembre, le 15 février et encore ce 4 mai, François Desquesnes a exhorté le Ministre Borsus à rencontrer son homologue flamande, la Ministre Demir.

"Côté wallon, il est plus que temps de se pencher sur la stratégie pour l'énergie. En quelques mois, de nombreux paramètres extérieurs au projet ont évolué. Tout d'abord, la guerre en Ukraine a montré notre dépendance au gaz russe et la nécessité de développer davantage d'autonomie énergétique de la Wallonie. Dans ce contexte, le modèle actuel de stratégie énergétique belge montre ses limites : le mécanisme de CRM (comme le projet de centrale TGV de Manage) est en contradiction directe avec nos objectifs climatiques et avec la nécessité de réduire notre dépendance au gaz importé", indique François Desquesnes, député wallon. "Enfin, le Gouvernement fédéral a récemment pris la décision de poursuivre l'exploitation de 2 réacteurs nucléaires et d'investir dans la recherche nucléaire. Tout cela modifie donc considérablement le contexte de demande d'ELIA pour le projet de Boucle du Hainaut. Cette demande initiale doit donc être totalement revue, repensée et réexaminée sur base de ces changements fondamentaux."

Ce mardi 4 mai, François Desquesnes a donc interpellé le Ministre de l'Aménagement du territoire et de l'Économie. "Il est plus que temps que la Wallonie se dote d'une vision stratégique pour notre autonomie énergétique. Sans cela, comment prendre attitude dans des dossiers d'aménagement du territoire qui sont soumis au Gouvernement wallon comme la Boucle du Hainaut ou les projets de centrales TGV ? Pourquoi le Ministre BORSUS ne porte-t-il pas cette question au Conseil des Ministres ? Est-ce que le Ministre a enfin eu un contact avec la Ministre Demir ? La Région wallonne et la Région flamande sont-elles prêtes à s'entendre afin de discuter avec ELIA des propositions que les groupements citoyens ont faites ?", se questionne-t-il.

Le Ministre Borsus a admis, dans sa réponse, que les deux projets étaient "difficilement dissociables". La rencontre avec la Ministre Demir n'a toujours pas eu lieu. Une réunion a eu lieu le 2 décembre dernier par l'intermédiaire d'un groupe de travail créé par un accord de coopération, mais les homologues flamands du Ministre n'étaient pas présents. Sur la question de la stratégie énergétique, le Ministre n'a pas répondu, en invoquant la répartition des compétences, mais s'est contenté de citer des propos que son collègue, le Ministre Henry, a tenus dans la presse le 19 mars dernier. "Cette ligne doit se faire pour acheminer l'électricité qui vient de l'offshore ou de l'Angleterre mais elle est aussi incontournable pour alimenter le Hainaut en électricité. Sans quoi, il y aura potentiellement des difficultés d'approvisionnement pour des entreprises". Le Ministre a conclu en disant qu'il rencontrerait bel et bien la Ministre Demir, mais qu'il attendait qu'elle prenne connaissance d'un rapport qu'elle a récemment reçu.

Pour le Député wallon et président de groupe Les Engagés, le Ministre Borsus reste sur la même ligne alors que les choses évoluent. "Il ne faut pas se réfugier derrière la répartition des compétences, la question de la stratégie énergétique est fondamentale pour la Wallonie : comment réduire notre dépendance aux énergies fossiles et aux énergies importées ? Quels choix stratégiques pour être plus autonomes, encourager les économies d'énergie et développer nos ressources énergétiques sur le sol wallon ? Tout cela aura de l'influence sur les infrastructures énergétiques à développer en Wallonie ! Aujourd'hui, faute d'une stratégie wallonne de l'énergie, nous subissons les choix d'ELIA qui ne correspondent pas nécessairement à l'intérêt général de la Wallonie ! Ou encore, les Ministres du Gouvernement wallon se chamaillent publiquement sur l'octroi ou non de permis comme on le voit pour le projet de centrale TGV de Manage !"

Enfin, François Desquesnes a pointé l'étonnant silence de la Ministre Demir qui dure désormais depuis cinq mois. "Le Ministre a lui-même reconnu que les deux projets étaient identiques, le dialogue est donc primordial. Si aucun dialogue n'est entrepris, nous allons de nouveau marcher sur la tête", conclut-il.

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